Le cliché sur pattes

Le jeu des 3 : semaine 48

novembre 24, 2009 · Laisser un commentaire

Aujourd’hui, le jeu des 3 sera fait à partir d’impressions et d’images relevées en l’espace de quelques heures, entre la station de Birmingham New Street et le musée. Comme les notes ont été prises dans un environnement anglophone, en anglais, je donnerai d’abord la version anglaise du jeu des 3, puis la traduction.

1) A marked feeling of déjà-vu at Birmingham New Street, that lingered on in the station/airport in Brussels and Birmingham (actually, I was remembering a dream I had had a few weeks earlier).

1) Le sentiment de déjà-vu très prononcé face à la gare de Birmingham, qui s’est prolongée dans la gare/aéroport de Bruxelles et de Birmingham (correspondant en réalité à un rêve fait quelques semaines plus tôt).

La gare du rêve / The dream station

2) At the Birmingham Art Gallery, I saw a lion’s mask with antler horns and a human head inside (wooden, 18th century, meaning unknown: family arms?)

2) Au musée de Birmingham, un masque de lion avec des bois de cerf et une tête humaine à l’intérieur (tout en bois, 18ème siècle, signification inconnue : armes de famille ?)
Une sorte de lion, avec des bois de cerf, une tête d'homme... / A sort of lion, with antler horns, a man's head...

3) Two men dressed in a bright blue costume with fake abs handing out packs of Kleenex while their boss, wearing black, his face tense, is speaking in his hands-free set).

3) Deux hommes habillés en costume bleu vif avec de faux abdos distribuent des paquets de Kleenex tandis que leur chef, en noir, le visage crispé, parle dans son kit mains libres)

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As I re-read those notes, I thought that these facts were a perfect instance that things are often multi-layered and sometimes contradictory. I had read that dejà-vu was sometimes explained by the hypothesis that time is not linear, but simultaneous (ie that everything is happening all at once).

En relisant ces notes, je me suis dit qu’il s’agissait d’une illustration parfaite du fait que les choses ont souvent plusieurs aspects, parfois contradictoires. J’ai lu que le sentiment de déjà vu pouvait s’expliquer par l’hypothèse que le temps n’est pas linéaire, mais simultané (c’est-à-dire que tout est en train de se passer en même temps).

Here are the synopses:

Les synopsis :

1) A craftsman has made a mask that shows the link between his kin and animals: the deer, known by his family, and the lion, which they only know through visions and dreams. It shows that they all have counterparts: for one human of this particular family, there is a deer and a lion. If one of them dies before their time, the other two will know it by a dream, then go and avenge the untimely death by all means possible. The whole process is unconscious – ie they find their way through déjà-vu.

1) Un artisan a réalisé un masque montrant le lien entre sa famille et les animaux : le cerf, connu par sa famille, et le lion, connu uniquement par le biais de visions et de rêves. Le masque montre qu’ils ont des alter ego : pour un humain (de cette lignée particulière), il y a un cerf et un lion. Si l’un d’entre eux meurt avant son heure, les deux autres en seront informés par un rêve, puis iront venger cette mort prématurée par tous les moyens possibles. L’ensemble du processus est inconscient, c’est-à-dire qu’ils se repèrent grâce à un sentiment de déjà vu.

2) A man is preparing his suit for a marketing operation. He is really preparing to play a specific part requiring an elaborate masking and wants to get used to wearing a uniform. He is going to be an African warrior in a play. As he is handing out Kleenexes and observing those around him, he slowly builds up his character.

2) Un homme prépare son costume pour une opération marketing. En réalité, il se prépare à un rôle nécessitant un costume et un masque sophistiqués, et il veut s’habituer à porter un uniforme. Il va jouer le rôle d’un guerrier africain dans une pièce. En distribuant des Kleenex et en observant son entourage, il construit son rôle petit à petit.

3) the marketing operation: how everything that seems shiny and fun and enticing is actually managed by stern, stressed people thinking of keeping the business afloat or expanding. Like the man in the mask, both showcased and devoured by the lion. Story told through the point of view of the manager, who, while actors are trying to hand out samples in the street, is trying to cope with a situation where one of the ‘muscly’ men is attacked by an angry culturist (someone who is actually making an effort to get those muscles).

3) l’opération marketing : comment tout ce qui semble joli, attirant et sympa est en réalité une opération gérée par des gens stressés qui font la gueule et qui ne pensent qu’à maintenir leur activité ou à l’agrandir. Comme l’homme du masque, à la fois montré et dévoré par le lion. Histoire racontée du point de vue du manager, qui, tandis que les acteurs essaient de distribuer des échantillons dans la rue, tente de gérer une situation où l’un des hommes « musclés » est attaqué par un culturiste en colère (quelqu’un qui fait de réels efforts pour avoir ces gros muscles).

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My favourite is clearly number 1.

Ma préférée, et de loin, c’est la 1.

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Hunters

Clip, clap. The prey was walking through his house, his wooden slippers clicking on the tiles. Keith January observed him as he went from the warm kitchen, enquiring to the cook when his roast would finally be ready, into his living room, to gaze at the fire.
Just his luck that the prey was a bachelor.
Keith shivered. Nights were getting chilly at this time of year. He thought that he should not strike, not yet, not when servants were still awake and about in the house. He felt a knot inside his body, a violent, undeniable urge to kill.
Briefly, he felt dismayed by what he was going to do. He had never been a violent man. Yet he knew exactly that he was going to do it, and how he was going to do it.
It was all because of kinship. His grandfather had explained how alliances had come to be struck in old days between man and animal; how, when one was killed, the other sought revenge. Conscience had no say in it.
The mask that Keith had carved for himself showed the specific boon, or curse, that lay on their family. It showed a man’s head inside a lion with antler horns. The man was both protected and devoured by the animal.
The prey was going to bed now. Keith could see a dim candlelight through the window. All the other windows were black.
Keith moved silently towards the back door, with a lightness of step he never knew he had.
All of it because of an animal, he thought. An animal to whom I was introduced as a boy and that I caught just a few glimpses of every year or so after that. An animal who got killed during a hunt by this man that I never met before. This man that I have to kill now, even though I hate the very idea of killing.
Resistance was pointless. He opened the back door and found his way upstairs through the dark.
The prey had not snuffed the candle yet. When he entered he looked at the prey in the eyes. He saw the fear that gripped the prey and forbade it to make a move.
I do not want to do this, he thought, and at the same time felt joy that the murder should happen so easily. I do not want to become a murderer, he thought, and placed his hands around the prey’s neck.
There is no room for conscience or thought in these moments. There is only room for instinct. Some are fighters and killers. Some are incapable of taking action because fear paralyses them. Some comply because they think that somehow they will be spared in the end.
Or some, like the prey, fight back when they see death approaching and get hold of the attacker’s neck, and hold it tight, and tighter, and tighter again, and cry for help, and plainly cry, and say that it was self-defense.

Les chasseurs

Clac, clac. La proie marchait dans sa maison. Ses chaussons en bois cliquetaient sur le carrelage. Keith January l’observa se rendre à la cuisine pour demander à la cuisinière quand le rôti allait être enfin prêt, puis aller dans le salon pour contempler le feu de cheminée.
Keith frissonna. Les nuits devenaient glaciales à cette époque de l’année. Il se dit qu’il ne devait pas attaquer, pas maintenant, pas quand les domestiques étaient encore debout, en train de vaquer à leurs tâches. Il sentit que son corps se nouait ; c’était le désir violent et indéniable de tuer.
Il se sentit perdu, l’espace d’un instant, devant ce qu’il s’apprêtait à faire. Il n’avait jamais été violent. Pourtant, il savait exactement qu’il allait passer à l’acte, et comment il allait commettre son acte.
Tout cela, c’était à cause de sa famille. Son grand-père lui avait expliqué comment des alliances avaient été nouées dans les jours anciens entre homme et animal ; comment, quand l’un était tué, l’autre se mettait en chasse pour la vengeance. Les histoires de conscience n’avaient rien à voir là-dedans.
Keith avait sculpté un masque, pour lui-même, qui montrait le don ou la malédiction qui affectait leur famille. Le masque montrait une tête d’homme à l’intérieur d’un lion avec des bois de cerf. L’homme était à la fois protégé et dévoré par l’animal.
La proie était en train de se coucher, à présent. Par la fenêtre, Keith pouvait distinguer la faible lueur de sa chandelle. Toutes les autres fenêtres étaient sombres.
Tout ça pour un animal, se dit-il. Un animal que j’ai rencontré petit garçon et que je n’ai fait qu’apercevoir quelques fois, chaque année environ. Un animal qui a été tué lors d’une chasse par cet homme que je n’avais jamais vu. Cet homme que je dois tuer maintenant, alors que je hais l’idée même du meurtre.
Toute résistance était inutile. Il ouvrit la porte de derrière et monta les escaliers dans l’obscurité.
La proie n’avait pas encore éteint sa bougie. En entrant, il regarda sa proie dans les yeux, et vit la peur qui l’avait saisie et l’empêchait de faire le moindre mouvement.
Je ne veux pas le faire, se dit-il, et en même temps il ressentit de la joie, car ce meurtre s’annonçait si facile. Je ne veux pas être un meurtrier, se dit-il, et il posa ses mains autour du cou de la proie.
Dans ces moments-là, il n’y a pas de place pour la conscience ou la pensée. C’est l’instinct qui commande. Certains luttent, et tuent. Certains sont incapables d’agir, tétanisés par la peur. Certains se laissent faire, croyant qu’en fin de compte, grâce à leur docilité, ils seront épargnés.
Ou d’autres encore, comme la proie, se ressaisissent en voyant la mort approcher et agrippent le cou de l’agresseur, et le serrent, et serrent encore, et encore, et hurlent pour qu’on leur vienne en aide, et fondent en larmes, et plaident la légitime défense.

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Le jeu des 3, semaine 47

novembre 19, 2009 · Laisser un commentaire

Oui, je suis en retard… J’étais malade… Pas bien, pas bien…

Les trois premiers faits qui apparaissent dans mon Google Reader (lecteur de flux RSS) :

Writing Thoughts: Read This before

Yale Environment 360: Les nouveautés
WritingThoughts (1)

Read This Before You Write Your Next Press Release… Have you ever had a press release bomb? I mean really bomb — as in generate little to no response even though you followed all the “*rules*” for press releases? If this has ever happened to you, I can guarantee that you’re not alone. I will also …
Plus de flux dans Writing (2)  »
Yale Environment 360 (1)

Clearing of Brazilian Amazon Fell 45 Percent in Last Year, Officials Say

WebWorkerDaily:
WWD Weekend Reading List
de Simon Mackie

Here are some interesting posts from around the ‘Net to catch up with over the weekend:
TechCrunch: “Google Chrome OS To Launch Within A Week”
Six Revisions: “Top 20 Essential Firefox Add-ons for Web Designers”
Outright: “Is Your Small Business Ready for the Holidays?”
Freelance Folder: “How Freelance Businesses Can Measure Social Media Results”
Convince & Convert: “What Do Twitter Lists Say About Your Personal Brand?”
ReadWriteWeb: “Google Executive Says Companies Can Get Rid of Microsoft Office…Next Year”
LifeSnips: “100 Ways To Find Ideas For Your Blog Posts”
What are you reading this weekend?

Bonne chance.
1)Diffusion: un échec du communiqué de presse. Un laboratoire de recherche trouve une énergie renouvelable parfaite. Malheureusement, ils n’arrivent pas à communiquer de manière satisfaisante là-dessus et leur nouvelle est noyée parmi un tas de nouvelles pessimistes sur la fin du monde (théorie foireuse de 2012, etc), qui finissent par provoquer une manifestation de pénitents masochistes contre la destruction de la terre ; la manifestation tourne mal, avec violences, etc.

2) Un jeune écrivain plein d’ambition se documente de manière extensive sur l’édition web 2.0 et la meilleure manière de se vendre. Malheureusement, il en oublie une petite chose : lire attentivement l’énoncé qu’il doit transformer en communiqué de presse pour son nouveau client. Ainsi, une police de caractères prisée des graphistes devient sous son clavier un commando de police réunissant des personnalités très diverses, dont beaucoup ont une forte sensibilité artistique.
3) La forêt amazonienne est préservée. Ce que les autorités n’avaient pas prévu, en revanche, c’est l’afflux de travailleurs freelance qui viennent s’y réfugier pour vivre à fond la liberté des nouveaux modes de travail. Ils ont tous des métiers de pointe, ils installent un relais wifi dans le coin, ils polluent, et le gouvernement tente de s’en débarrasser.
L’histoire 1 a une morale, que je trouve aussi difficile à trouver qu’un double sens sexuel dans une blague chilienne, et je me méfie des histoires dont la morale est trop affichée pour le moment, donc je vais choisir la 3.

3)En 2013, une poignée de copains, tous graphistes, se sont retrouvés dans un hôtel de carbets au milieu de la forêt vierge. En voyant le propriétaire regarder la télé avec sa copine, ils ont eu l’idée de s’y installer pour travailler. Quelques mois plus tard, ils s’étaient débrouillés pour poser l’antenne wifi. Les indiens les avaient aidés contre un peu d’argent.
Ils n’étaient pas loin de l”hôtel et rentraient fréquemment en contact avec les touristes – certains prenaient des photos, comme avec les papillons morpho, d’autres leur disaient qu’ils avaient entièrement raison mais qu’eux-mêmes ne pouvaient pas vivre sans un bon environnement de béton et trois tonnes de gaz polluant dans les bronches. Les copains haussaient les épaules. Et puis il y avait ceux qui restaient, qui n’amenaient pas grand-chose et qui trouvaient leur place en quelques jours.
Comme moi, par exemple, le rédacteur technique du groupe et le chroniqueur de notre histoire.
C’est quand la police est arrivée pour emmener l’un des nouveaux que les choses ont commencé à se gâter. Le nouveau était en cavale. Il paraît qu’il avait fraudé la sécu pendant des années en refusant de payer ses charges. Toute la communauté s’est retrouvée suspectée, le gouvernement a commencé à leur chercher des poux sur la propriété des terrains. Soi-disant qu’ils appartenaient aux indiens, à l’État, à la nature.
Alors, nous avons écrit des pétitions, en vain, nous avons protesté. En vain. Et nous avons trouvé une solution radicale. Nous nous sommes attachés aux arbres, avec des lianes. Il faudra nous tuer pour nous faire partir.
Tout va bien pour le moment. Je me suis enchaîné assis, je tape notre rapport quotidien sur l’ordi avant de le poster, et après je finis un boulot pour le site Internet d’un client. Un bon freelance sait travailler n’importe où.

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Le Proustomètre

novembre 13, 2009 · Laisser un commentaire

Je lis régulièrement le « flogomètre » du blog « Flogging the Quill » : un auteur soumet au blogueur le premier chapitre de son manuscrit. Le blogueur se met alors à la place d’un éditeur type : il est huit heures du soir, j’ai encore une pile de manuscrits à lire, j’ouvre le tien, je lis la première page, ai-je envie de la tourner pour lire la suite ?

Si oui, le blogueur fait des compliments précis. Dans le cas contraire, il donne des critiques constructives.

Souvent, en lisant les conseils prodigués, je me demande comment le blogueur aurait réagi face à Marcel Proust.

Marcel Proust qui a reçu ce refus bien senti d’Alfred Humblot, directeur d’Ollendorf, au moment où il démarchait les éditeurs : « Je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. »

Non, la grande mode actuelle du début dans le vif de l’action n’aurait sans doute pas été favorable à Marcel Proust. Sa description des salons mondains et son attention portée au moindre détail, révélateur des êtres et des différences de classe, aurait sans doute été mal vue, et que dire de ce narrateur aimant une femme qui est visiblement un jeune garçon ? Non, ce genre de transposition aurait été jugé comme une stratégie d’évitement des plus malvenues.

Pourtant, j’ai l’impression que les lecteurs assidus de Proust constituent comme une sorte de chapelle. Il y a ceux qui ont lu A la recherche du temps perdu, qui sourient quand on la cite, et ceux qui ne la connaissent pas. Ce n’est pas vraiment une question de snobisme, mais presque de religion.

En effet, les péripéties survenant dans ce roman gigantesque, s’ils ont l’air quotidiens (le narrateur marche dans les rues en revenant d’un dîner chez les Guermantes, il est couché et attend qu’Albertine vienne le rejoindre, etc.), prennent un tel relief qu’ils deviennent les éléments d’une messe : comme chaque célébration religieuse suit un chemin immuable et semé d’étapes du rituel, la lecture de Proust déroule ses péripéties, chacune porteuse d’une révélation.

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L’élue conservatrice, Satan et moi

novembre 9, 2009 · Laisser un commentaire

Grâce à l’infatigable Abie, j’ai regardé tout à l’heure un débat d’Intelligence Squared sur une question à laquelle tout un chacun peut avoir une réponse catégorique, quelle qu’elle soit : le catholicisme est-il une puissance positive ? (“Is catholicism a force for good?”, oui c’est en anglais)

Le débat opposait John Onaiyekan, évêque d’Abuja (capitale du Nigéria) et Anne Widdecombe, membre du Parlement du côté des conservateurs – pro-catholiques – au comédien et auteur Stephen Fry et à l’écrivain Christopher Hitchens – anti-catholiques.

Les cinquante minutes du débat valent la peine d’être écoutées, mais pour résumer : les pro ont vanté les mérites du catholicisme pour l’espoir qu’il offre aux gens simples, dont ces derniers ont besoin, contrairement aux intellectuels dans leur tour d’ivoire, ainsi que le soutien financier important offert aux pays au développement. Les anti ont récapitulé les crimes commis par l’église catholique et les demi-excuses invoquées par cette dernière, sans compter l’attitude malsaine de l’Eglise envers la sexualité et les femmes, ainsi que son avidité et sa volonté d’hégémonie, masquée par un discours d’amour universel.

Après s’être exprimés pendant quelques minutes, les intervenants ont répondu aux questions des spectateurs, dont celle-ci : « Pourquoi une femme peut-elle être membre du Parlement et pas prêtre ? », ce à quoi Anne Widdecombe a répondu sèchement qu’un prêtre était censé représenter le Christ in persona et qu’une femme ne pouvait pas le faire, pas plus qu’un homme ne pouvait représenter la Vierge Marie. Il y a eu quelques rires dans l’audience : oh oui, cela semble stupide, une femme qui fait Jésus…

Mais si on va par là, du pain azyme et de la piquette qui se transforment en chair et en sang d’un type mort il y a plus de deux mille ans, c’est stupide aussi, non ? Le christianisme a recours au symbolisme ; il rappelle, chaque jour lors de la messe, un sacrifice humain qui a eu lieu une fois et n’a pas besoin d’être répété. Refuser qu’une femme incarne Jésus et qu’un homme puisse incarner la Vierge, c’est faire preuve d’incohérence par rapport à la démarche symbolique qui est à sa base.

Le christianisme a donné de l’espoir à des millions de gens : oui, comme d’autres religions. Comme les religions antérieures, d’ailleurs : Christ est à la fois Orphée qui descend aux enfers et en revient (sur la tombe des premiers chrétiens, on gravait la figure d’Orphée car le christianisme était interdit) et Dionysos, déchiqueté par les fidèles qui mangent sa chair et toujours ressuscité (d’ailleurs, si on devait compter le nombre de dieux et de déesses qui sont allés dans le royaume des morts pour en revenir, on se rendrait compte que les enfers sont plus fréquentés que le métro aux heures de pointe). Comme les religions actuelles : le judaïsme offre, à n’en pas douter, beaucoup d’espoir à ses fidèles, puisqu’il leur promet un messie ; l’islam est sans conteste une source de réconfort pour ses croyants, sans parler de toutes les autres religions.

Le problème, et c’est aussi vrai de la plupart des religions, c’est que tout commence par un gentil baratin sur le fait que Dieu est sympa et que tous les humains sont frères et soeurs, pour continuer en disant qu’il n’existe qu’une seule religion, et que ceux qui n’y adhèrent pas sont des imbéciles, au mieux, des ordures vouées à l’enfer, au pire. Le piège des religions, dans une pratique régulière, c’est qu’elles sont une opportunité parfaite pour la paresse intellectuelle et l’esprit de clocher.

Du côté des catholiques, personne ne s’étonne plus quand on parle d’un prêtre pédophile ; on gronde quand Benoît XVI parle du préservatif ; et malgré tout, certaines femmes veulent être prêtres. Être femme et catholique équivaut, semble-t-il, à accepter d’être une inférieure toute sa vie. Quand Ann Widdecombe dit qu’une femme ne peut représenter Jésus ni un homme la Vierge Marie, elle dit qu’aux hommes revient la divinité, puisque Jésus est homme et dieu, et qu’il fait partie de la sainte Trinité, tandis que la Vierge, si elle fait l’objet d’un culte, n’est qu’humaine, donc subalterne par rapport à un dieu.

En parlant avec une étudiante en théologie rencontrée à Leuven, nous avons appris que les femmes pouvaient à présent remplir certaines fonctions de conseil exercées habituellement par les prêtres, sans pouvoir être ordonnées ni bien sûr servir la messe : un bon moyen pour l’Eglise de pallier le manque de prêtres, sans accorder aux femmes un statut égal à celui des hommes.

Je n’ai jamais considéré l’Eglise catholique d’un oeil très amical, à cause de son étroitesse d’esprit, de sa misogynie et de sa xénophobie – pourtant, le week-end dernier, je l’ai passé en compagnie de nombreux catholiques. Il y avait un jeu de rôles fondé sur la hiérarchie catholique : on pouvait aller de l’enfant de choeur (une fille) au pape (un homme), en passant par divers dignitaires, tous masculins. Tout en haut, il y avait Satan, seul capable de vaincre le pape, mais vaincu par tous les autres prêtres.

Il était pas mal, Satan ; il était joliment dessiné, et comme ça, en jugeant sur la tronche, il inspirait plus la confiance que Benoît XVI. Le diable, c’est celui qui divise, celui qui force à l’analyse ; Lucifer, c’est le porteur de lumière, celui qui éclaire les ténèbres. Le pape et le diable, au fond, ce sont deux entités complémentaires, qui ont besoin l’une de l’autre, qui se créent l’une l’autre.

Je rêvassais ainsi en entamant une conversation sur la religion avec un catholique fervent et philosophe – comme quoi, on peut être pratiquant et réfléchir – qui me parlait d’un fait divers au Canada : des Sikhs avaient dû être hébergés dans une église catholique. La question s’était posée : fallait-il enlever la croix ? En fin de compte, elle le fut.

« J’ai approuvé ce geste » dit-il « avant de réfléchir. Et je me suis rendu compte qu’il était mauvais. On enlève trop de symboles. Ce qu’il aurait fallu faire, c’est suspendre d’autres symboles au mur, ce qu’il faut faire au lieu d’effacer des symboles, c’est d’en rehausser davantage. Je suis catholique fervent mais mon meilleur ami est hindou, nous avons grandi ensemble et je connais bien les symboles de sa religion. Ce à quoi je crois, c’est à une société oecuménique, où toutes les religions pourraient cohabiter. »

Effectivement. Les symboles nourrissent l’imaginaire, pour le meilleur et pour le pire ; les êtres humains ont besoin d’une vie spirituelle, qu’ils se définissent comme athées, agnostiques ou religieux. Cela dit, on n’arrivera pas à une société oecuménique sans tolérance, c’est-à-dire sans orgueil, sans avidité hégémonique, sans ce vieux réflexe de se regrouper en un petit clan forcément meilleur que celui des voisins.

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Le jeu des 3 : semaine 46

novembre 8, 2009 · Laisser un commentaire

Aujourd’hui, le jeu des 3 se fait en images.

 

Il s’agit de trois photos prises sur Flickr (licence Creative Commons): la troisième photo de la première, troisième ligne et sixième ligne, parmi les éléments les plus récents (derniers 1000 éléments ajoutés).

 

1) http://www.flickr.com/photos/39811251@N06/4080586006/

 

2) http://www.flickr.com/photos/my_camera_eye/4080585134/

 

3) http://www.flickr.com/photos/eguchi_onion/4079824291/

(désolée, départ en week-end en urgence, pas le temps de les insérer dans le post !)

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1) Jan et Sandra, un couple d’intrépides détectives qui voyage dans son bus japonais customisé, est appelé à la rescousse par Père Saint-Jean Chrysostome suite à une disparition mystérieuse dans son abbaye. Cependant, ils ne se doutent pas que la personne disparue, qui ne tient pas être retrouvée évidemment, se cache sous les traits d’un ouvrier qui bloquera leur bus pendant de longues heures…

 

2) Un groupe d’enfants musiciens fait une tournée et doit jouer dans un lieu prestigieux, le musée des Olympiades, lors du grand festival des Jeunes talents musicaux. La nervosité monte dans le bus, surtout quand celui-ci est bloqué dans des embouteillages provoqués par des travaux. Heureusement, le conducteur trouve une issue…

 

3) Un homme travaille le métal de longues années dans son jardin, passant pour un bricoleur un peu fou. En réalité, il répare un bus pour en faire un bus à impériale, avec des autocollants (des photos de ses enfants quand ils étaient jeunes). Et là, il peut enfin partir faire le voyage dont il a toujours rêvé : aller à Bogota, où vivent ses enfants, puis sillonner l’Amérique Latine.

 

Je sais que la 2 offre une perspective de retournement final (quelle issue le conducteur peut-il bien trouver ? Qu’est-ce que j’en sais ?) mais je préfère la 3.

 

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3) Tous les week-ends, depuis quinze ans que je vis ici, Ciento bricole. Il va dans son jardin, ou dans son garage. Avant, sa femme et ses enfants venaient le voir – le moyen de passer du temps avec lui, sinon ? Ils restaient là à bavarder avec lui ou plutôt autour de lui, pendant qu’il courait d’une pièce de tôle à un bout de bois ramassé dans la rue, dans les poubelles des autres même de la décharge, qui sait.

Ensuite, ses enfants sont devenus grands, ils ont quitté la maison pour étudier au Conservatoire. L’été, ils mangeait dehors avec sa femme, tout en jetant un oeil sur ses détournements d’objet.

Il aura réussi à construire des voiliers pour ses enfants, des instruments de musique sans harmonie, une radio et des sculptures de métal qui ne servaient à rien qu’à décorer la pelouse, si on appelle ça décorer. A chaque fois que je sors de chez moi pour voir son espèce de vaisseau extraterrestre et son humanoïde sur-vertébré, je frissonne.

Un jour, Ciento s’est attaqué à plus gros : un grand bus à impériale, acheté d’occasion, qui avait l’air plutôt bon pour la casse. Il l’a retapé, repeint en vert pomme, collé des photos géantes de ses enfants avec leurs instruments dessus. Sa femme l’aidait, pour une fois. Ils se sont bien tachés de peinture, tous les deux. Et ça les faisait rire.

Il leur a fallu un an pour le finir, son bus. Après, ils sont venus me dire au revoir.

- On va voir nos enfants à Bogota ! Ils ne s’y attendent pas.

- Ah ! Vous me raconterez quand vous reviendrez ?

- C’est-à-dire qu’on ne sait pas quand on reviendra… On part faire le tour du continent. On verra jusqu’où le bus nous emmènera !

- A votre âge ?

Ils se sont regardés et ont haussé les épaules. Alors, par réflexe, j’ai haussé les épaules aussi.


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En route pour Ksar Ghilane

novembre 2, 2009 · 2 commentaires

A 8h du matin, nous grimpons dans la voiture du guide, un 4×4 portant la devise « Dieu est grand » en arabe et en japonais. Mokhtar, le guide, mange une pâte brune dans un petit récipient en plastique. C’est un petit déjeuner tunisien à base de céréales et de miel, le genre qu’on ne trouvera jamais au buffet d’un hôtel…

- Ne perdons pas de temps. Nous avons 650 km à faire aujourd’hui, dit-il et nous partons.

En chemin, j’en profite pour lui demander :

- A quoi correspondent tous les bâtiments avec un 7 ?

Nous en avons vu un dans chaque ville, chaque village, même le plus minuscule.

- C’est pour commémorer le 7 novembre 1987, le jour où monsieur Ben Ali est arrivé au pouvoir.

- Aaah….

Nous nous enfonçons dans le désert. Ce soir, nous ferons halte à Ksar Ghilane, une des plus grandes oasis du Sahara en Tunisie – quand on entre dans le désert, les frontières deviennent plus floues.

Sur la route, nous croisons des petits garçons qui attendent près d’un seau : ils vendent des amandes fraîches, un délice.

A l’heure du déjeuner, nous passons dans la grande-rue d’une ville où chaque maison arbore une tête de mouton coupée et placée sur une pique. Nous nous arrêtons dans un restaurant et négocions l’achat d’un kilo de chevreau.

Ce fut l’occasion de faire une petite mise au point linguistique et de préciser au boucher que pour nous « un kilo de chevreau » signifiait « un kilo de viande de chevreau ». Le cher homme avait compris « cinq cent grammes de viande et le reste en graisse et en os » qui après tout, provenaient du chevreau.

Quand notre plat arrive, nous constatons que la réduction de la viande à la cuisson n’est pas un mythe et qu’elle s’est appliquée plus fortement dans ce restaurant qu’ailleurs (des conditions physiques particulières peut-être ?). Le guide, mécontent, enguirlande le patron en arabe, et nous partons, le ventre à peu près plein.

En arrivant à Ksar Ghilane, il est prévu que nous fassions une promenade en dromadaire : nous irons, au coucher du soleil, vers des ruines romaines.

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Le jeu des 3 : trois faits sur Leuven

octobre 31, 2009 · Laisser un commentaire

Trois éléments relevés au cours de la semaine :

1) Les statues des rues de Leuven : le boulanger, la femme allongée, la sagesse, la femme qui marche.

2) Le carillon musical à Leuven, sur Ladeuzeplein : à chaque heure, il joue une mélodie, comme un extrait de Carmen ou “Ah vous dirais-je maman”.

3) Croisé dans la rue jeudi : une petite fille et sa mère, l’air soucieuse. La petite fille a imité l’adulte boudeuse pour la faire rire, et y a réussi.

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Trois idées d’histoire

1) Une enfant s’adresse à sa mère, femme politique ambitieuse, première femme maire de la ville, qui devient une statue pour ses services rendus à la ville, notamment l’instauration du carillon musical qui fait partie du charme de la ville (et attire les touristes, donc l’argent). Devenue femme et maire de la ville à son tour, elle fait construire plusieurs statues pour lui tenir compagnie.

2) Une petite fille essaie par tous les moyens de faire rire sa mère. D’abord elle l’imite en train de faire la tête, ensuite elle lui raconte que les statues sont devenues des statues parce qu’elles se sont arrêtées au moment où jouait le carillon musical ; ainsi, elle l’entraîne dans une petite danse au moment où le carillon joue l’air de Carmen.

3) Un jour, à Leuven, les gens de la ville ont décidé de se débarrasser de la musique, par puritanisme. Ils sont devenus tant et tant rigides que certains d’entre eux se sont statufiés. Les survivants ont décidé, pour ne pas les oublier, de faire jouer de la musique au carillon, toutes les heures. C’est une petite fille qui raconte gravement cette histoire à sa mère, pour tenter de la faire plier car elle la trouve trop sévère. Ca ne marche pas.

Histoire choisie : hésitation entre 1 et 3, choix de 1. Ce qui ne m’empêchera pas d’écrire 3.
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300 mots pour une histoire, marge de 10 %

Je t’ai construit une autre amie. Elle est ronde, elle a des cheveux crépus, elle est souriante. Elle est sur l’avenue principale, on dirait qu’elle marche. Elle est comme toi : en fonte.
La ville se remplit de statues coulées dans le même métal que toi. Les touristes les adorent – tu dois être fière. Tu en as tellement fait pour eux, pour les habitants de la ville, aussi. De ton vivant, tu as été réélue tant de fois à ton poste de maire, et les citoyens me parlent encore de toi. Tu m’as aidée autant que possible à réussir ma vie, c’est-à-dire à suivre tes traces, ma mère.
De ton vivant, tu étais soucieuse. Tu étais sans cesse occupée par de nouvelles affaires, de nouvelles idées. Je me souviens de cette réunion du conseil municipal dont tu es rentrée fâchée, parce qu’ils avaient refusé ton idée de faire jouer des mélodies au carillon de la grand-place, à chaque heure. Ils la trouvaient chère et futile. Pourtant tu as insisté, tu as eu gain de cause, et tout le monde, résidents et visiteurs, adore la musique du clocher. Les gens viennent spécialement sur la place au moment dit, ils s’amusent à reconnaître les airs.
De ton vivant je ne t’ai pas beaucoup fréquentée. Pourtant je t’ai si bien connue. C’est moi qui ai décidé de faire de toi une statue, après ta mort, une fois que la ville m’a élue. Je t’ai mise dans la rue commerçante : tu es au centre du passage, tu veilles encore sur les citadins et la bonne marche de leurs activités.
Tu n’es plus jamais seule. Je t’ai entourée d’autres esprits-gardiens sous forme de statue, d’abord des allégories – la sagesse, la soif de savoir – puis je n’ai plus cherché de justifications. Je t’ai simplement donné ce que tu avais cherché si âprement quand tu étais en vie, un groupe d’alliés.

Dimanche soir : voici l’histoire 3.

3) « Au moment de la Réforme, les habitants de Leuven ont décidé d’être protestants, encore plus protestants que les protestants. Ils ne s’habillaient qu’en noir, ils se couvraient les cheveux, s’épilaient les sourcils sans grimacer même s’ils avaient mal, et ne souriaient jamais par peur de l’enfer. »
La petite fille et sa mère remontent la rue. La petite fille a un pas vif.
« Ils faisaient toutes les choses lentement, avec beaucoup de gravité. Ils voulaient par dessus-tout respecter les règles. Tout devait être en ordre. Ils n’écoutaient jamais de musique, parce que la musique fait danser, et que c’est le contraire de la mortification du corps qu’ils devaient appliquer tous les jours. »
La mère a un regard perdu dans le vague. La petite fille se concentre intensément.
« Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que certains citoyens étaient encore meilleurs que les autres. Mais ces citoyens-là ! Il leur est arrivé quelque chose ! Un jour, alors qu’ils accomplissaient leurs tâches quotidiennes, que la boulangère poussait sa charrette et que l’étudiant lisait des livres en se lavant les cheveux, leurs mouvements sont devenus plus difficiles, leurs membres plus lourds. Ils se sont arrêtés de bouger, pour toujours. A force d’être inflexibles et parfaits, ils étaient devenus des statues. »
La mère sourit légèrement.
« Depuis ce temps-là, les citoyens ont décidé de remettre de la musique dans la ville, pour se souvenir qu’il ne faut pas trop suivre les règles et qu’il ne faut jamais oublier de danser, pour ne pas mourir en devenant une statue. »
La petite fille prend une grande inspiration.
« Donc, maman, ça veut dire que quand tu me trouves dans le salon en train d’écouter de la musique trop fort et de manger tout le paquet de bonbons, il ne faut pas me gronder ! Ca veut dire que je suis vivante ! Et c’est ça qui compte ! »

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Sauna devant !

octobre 31, 2009 · Laisser un commentaire

Ce dimanche, nous sommes allés nous promener dans un parc près de chez nous. La qualité de l’excursion s’annonçait hasardeuse :

- Alors il y a trois étangs, mais je ne sais pas si ce sont des étangs ou des réservoirs, en fait.

Vérification faite, le paysage ressemblait à ça :
Les roseaux, le lac, l'abbaye norbertine

Ravis de la promenade, quelle ne fut pas notre joie en découvrant ceci :
Warning, using this sauna may adversely affect your attraction to the opposite sex

“Warning: this public sauna may decrease your attraction to the opposite sex” (Avertissement : ce sauna public peut diminuer votre attirance envers le sexe opposé”)

Un bâtiment gris, moderne, portant un avertissement on ne peut plus clair. Qui en est responsable ? Encore des étudiants internationaux ?

Que de découvertes, tout de même, dans notre bonne ville.

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Une soirée en Flandres

octobre 29, 2009 · Laisser un commentaire

 

La petite salle de cinéma est pleine. Une femme, la trentaine, en blouson de cuir, se place au coin du premier rang et nous fait un petit discours.

 

- Bienvenue dans cette soirée de découverte de la Belgique, pour changer de nos habitudes nous allons vous présenter un film récent. C’est un film en flamand avec des sous-titres anglais, heureusement pour vous (le public, des étudiants d’un peu partout dans le monde, rit nerveusement). Avant, le cinéma belge se faisait en français et en flamand, maintenant c’est un peu chacun de son côté…

 

Un signe de plus de l’éloignement entre wallons et flamands.

 

A la mairie, quand je suis allée demander mes papiers, la conseillère m’a expliqué qu’elle détestait les Français étant plus jeune : le français était la langue des snobs, les bâtiments des Wallons (francophones) étaient les plus beaux, etc… Avec le temps, elle avait abandonné ses préjugés, mais trouvait quand même que les flamands étaient trop taxés, tout ça pour entretenir des wallons qui ne faisaient rien et imposaient leur langue.

 

Se plaindre de payer trop d’impôts, bien sûr, ça n’a rien d’original, mais cela ne mène pas forcément à une volonté de divorce. Les quelques personnes à qui j’ai parlé jusqu’ici envisagent une séparation accrue entre Flandres et Wallonie dans les années à venir : au mieux, ils voient a Belgique comme un petit état fédéral dont les provinces gagneront de plus en plus en autonomie, au pire ils imaginent le démantèlement de la Belgique.

 

- Sur ses derniers jours, l’empire romain se caractérisait par une bureaucratie excessive et des impôts trop lourds. Comme la Belgique aujourd’hui, m’expliquait un étudiant en histoire après la répétition de notre chorale.

 

- Mais que va faire la région des Flandres si elle quitte la Belgique ? Rejoindre les Pays-Bas ?

 

- Non (un « non » définitif). Nous serions autonomes. L’ennui, c’est Bruxelles : une ville francophone en territoire flamand. La chose à faire, ce serait de déclarer Bruxelles capitale européenne et de séparer les territoires flamands et wallons. On est trop taxé, et de toute façon les Flamands et les Wallons ne peuvent pas s’encadrer depuis le Moyen-Âge.

 

Selon cet article (en anglais), les Flamands trouvent que les Wallons sont prétentieux depuis l’ère industrielle : la province s’est lourdement industrialisée et la bourgeoisie du pays était donc francophone, tandis que les Flamands étaient perçus comme des bouseux… Or, depuis, l’industrie lourde a décliné et les Flamands ont accueilli plusieurs firmes high-tech, plus légères. A Leuven, il existe de nombreuses entreprises et l’université encourage également le développement de start-up. On peut penser que les Flamands commencent à dépasser leur complexe d’infériorité ; pour l’instant, j’ai l’impression qu’ils gardent encore rancune aux Wallons de le leur avoir fait sentir.

 

Revenons à la petite salle de cinéma où nous étions au début : la responsable du programme de familiarisation à la culture belge nous annonce que le film que nous allons voir a eu beaucoup de succès, qu’il s’agit d’un film à l’américaine, d’un thriller efficace. Il s’appelle Loft.

 

Le synopsis ? Cinq hommes mariés partagent un loft dans un immeuble design construit par l’un d’entre eux. Ils y amènent leurs maîtresses et tout va bien, jusqu’au jour où une jeune femme est retrouvée morte, nue, dans leur garçonnière…

 

Entre flash-backs et retournements de situation, les personnages se promènent de fête en mariage et en dîner prestigieux, dans l’élite de la bourgeoisie flamande. Finalement, dans le luxe des Flamands.

 

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De Monastir au désert

octobre 27, 2009 · Laisser un commentaire

Après avoir voyagé en louage jusqu’à Sousse, puis Monastir, nous partons en quête de l’Hôtel de la Plage, situé tout simplement… juste au-dessus de la plage de Monastir.

C’est notre première incursion dans la Tunisie des touristes, celle qui rapporte plus du tiers du revenu national, celle qui appartient en grande partie, selon la rumeur, à la femme du président Ben Ali.

Nous arrivons dans une petite ville agréable, avec des remparts assez bien entretenus mais bancals. Le souk est vaste et contient des boutiques… Rien à voir avec le souk de Bizerte, qui était plutôt la vieille ville avec des rues tranquilles, des maisons et des échoppes à la porte ouverte, où l’on apercevait un artisan en train de travailler dans la fraîcheur du soir, une famille qui allait se réunir pour dîner devant la télévision…

Ici, les boutiques sont pleines et les commerçants sont à l’aguet, mais pas trop pressants. Demain, nous allons rejoindre des amis de Rodrigo pour commencer un circuit qui nous emmènera dans le sud du pays : dans les villes et dans le désert.

Nous avons du mal à trouver l’hôtel, pas parce qu’il est mal indiqué, mais parce que nous avons du mal à le croire : oui, il est juste au-dessus de la plage.

Après avoir descendu un petit escalier, éberlués avec nos valises, nous nous retrouvons à la réception où un vieux monsieur très gentil nous fait bon accueil parce que nous sommes Français.

- Mon professeur de géographie était Français. Lui c’était mieux qu’un professeur. C’était un vrai maître ! Je me souviens encore de lui, quand il était content de notre travail…

Le lendemain matin, après avoir fait une promenade furtive sur la plage, nous prenons nos valises et nous postons devant l’hôtel : comment allons-nous reconnaître Ivan et Veronica au milieu de toutes les voitures ? Dans un gros 4 x 4 noir, deux personnes nous sourient et nous font signe : c’est bien eux. Le voyage dans le sud peut commencer.

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