Voyage en Tunisie : le départ, Mathusalem et Latifa

Aéroport Charles de Gaulle, terminal 3 (charters et vols low-cost) : des affiches d’information sur la grippe A. Des gens s’amassent devant le comptoir de notre opérateur.

Je me pose derrière une famille et me rend compte qu’ils sont juste là comme ça.

– C’est pas là, la queue, madame, me dit une femme africaine d’âge mûr, en boubou, l’air résigné. C’est loin, loin là-bas, jusqu’à Mathusalem.

 

En effet, la queue s’étend sur le côté, jusqu’à la porte vitrée. Derrière moi, une jeune occidentale en tchador et robe longue marron s’inquiète auprès de sa mère, blonde décolorée, de savoir si Khadija la reconnaîtra. Pendant ce temps, je m’inquiète car Rodrigo n’arrive pas et je ne sais pas si je pourrai retirer nos deux billets sans présenter nos deux passeports.

 

Finalement, la file avance rapidement et au comptoir, un moustachu en pleine conversation téléphonique parcourt rapidement, du pouce, un tas de billets électroniques avant de m’en tendre deux.

 

Tout va bien. L’hôtel pour cette nuit est réservé, après – après on verra. Au premier hôtel contacté, le réceptionniste avait tenté de m’arnaquer : après m’avoir assuré le vendredi qu’il y avait des chambres doubles et m’avoir demandé de confirmer le lundi matin, il m’avait fait un numéro lors de l’appel de confirmation, prétendant qu’il n’y aurait plus de places, « ou alors des chambres à trois lits » (donc plus chères). Evidemment, j’avais tout de suite cherché un autre hôtel, au risque de m’entendre dire la même chose à l’arrivée. Je m’attends à un bon nombre d’arnaques du même genre.

 

Rodrigo arrive et nous passons à l’enregistrement. Là, nous tombons sur une femme mûre qui nous demande à être enregistrée avec nous, parce que son bagage est trop lourd pour les spécifications de la compagnie aérienne, et que les nôtres ont l’air léger. Elle se retrouve à côté de nous dans l’avion, et entreprend de raconter sa vie dès que je lui offre le magazine gratuit.

 

– Merci ma fille, mais je vais juste regarder les images, je ne sais pas lire le français.

 

Elle s’appelle Latifa, elle est femme de ménage et dit que son père l’a mise au travail à neuf ans, que sa mère est aveugle et que sa soeur ne s’est jamais mariée pour s’occuper d’elle, qu’elle a travaillé trente-quatre ans pour la même famille. Elle me montre un carnet d’adresses, contenant des noms et des numéros notés par différentes mains. Elle bavarde brièvement en arabe avec son voisin, un homme jeune d’une trentaine d’années accompagné par sa femme voilée, et se tourne tout de suite vers moi.

 

– Je lui ai dit que je revenais voir ma famille, il m’a demandé pourquoi j’avais quitté la Tunisie pour venir en France. Il comprend rien !

 

Elle me montre ensuite les bijoux qu’elle s’achète, de l’or, de l’argent au poids, et nous invite dans la maison qu’elle vient d’acheter, à 2km de Tunis, qu’elle prend le temps de construire et de meubler à son goût.

 

A l’atterrissage, une caméra thermique vérifie qu’aucun des passagers n’a la fièvre.

 

Après avoir récupéré nos bagages, nous nous mettons en quête du bus qui nous emmènera au centre ville. Une fois l’arrêt trouvé, nous demandons à deux personnes si c’est bien la bonne direction, attendons vingt minutes – puis Latifa arrive, nous apprend que c’est la mauvaise direction, le bus arrive à ce moment et le chauffeur confirme qu’il ne va pas à Tunis.

 

Nous descendons donc à un autre arrêt et attendons vingt minutes de plus, inutilement. Nous nous décidons finalement à prendre un taxi et retrouvons, dans la queue, Latifa, que sa famille n’est pas venue chercher.


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