Un grand lit double à Bizerte

Cinq heures du matin. Nous traînons nos valises dans les rues qui commencent à s’éveiller.

Nous allons prendre le premier train, faute de mieux : le deuxième ne part qu’à midi et nous n’avons plus rien à voir à Tunis, qui ressemble à une grande ville comme les autres et ne nous donne pas une impression de dépaysement particulière.

A la gare, je m’avance, confiante et assurée, vers un train qui n’a rien à voir avant que Rodrigo et le contrôleur ne me rattrapent ; et découvre ainsi un train d’apparence vétuste, mais équipé de l’air climatisé.

Sur le chemin, nous dépassons des terrains vagues où broutent quelques chèvres, entre les déchets. Il y a peu de poubelles et les gens jettent leurs ordures n’importe où.

A Bizerte, nous remarquons plusieurs militaires. La température est encore agréable : il est sept heures du matin. Nous ne sommes pas fatigués, nous dégainons la poignée de nos valises à roulettes, nous sommes parés.

– Ah. Ca devient intéressant.

Les panneaux des rues sont en arabe. Nous ne savons pas lire l’arabe.

Guide en main, nous parvenons quand même à trouver l’hôtel de la Plage, un joli petit établissement, et nous enregistrons auprès de la directrice, qui voit à nos passeports que nous ne sommes pas mariés.

– Mais vous voulez un lit double ou deux lits jumeaux ?
– Un lit double.
– Ah oui. Mais vous voulez un lit double ou deux lits jumeaux ?

Après quelques échanges en ping-pong (« lit double »  « deux lits » « lit double »), nous obtenons gain de cause et décrochons une chambre avec grand lit, sur la terrasse, sans climatisation, mais avec douche et salle de bains. Il s’agit de l’un des derniers lits doubles de notre voyage, mais nous ne le savons pas encore et nous dirigeons vers l’office du tourisme en plaisantant.

En sortant, nous croisons une jeune femme occidentale qui marche d’un pas décidé dans la direction opposée.

– On devrait lui demander si elle veut aller au Parc de l’Ichkeul, on pourrait peut-être se débrouiller ensemble.
– Tu veux qu’on aille lui parler ?
– Non, c’est trop tard, elle va probablement faire autre chose. Et puis si c’est le destin qu’on se rencontre, on se recroisera.

Nous voulons passer par la route en bord de mer. Problème : la plage est masquée par d’immenses panneaux. Nous descendons, rencontrons quelqu’un et lui demandons pourquoi.

– Parce que la ville fait construire une marina, qui va s’avancer de 80 mètres sur la mer ! C’est même sur Internet : http://www.marinabizerte.com (cliquer plutôt ici pour voir quelque chose).

Nous le remercions et n’en croyons pas un mot, jusqu’à tomber sur le panneau officiel qui annonce les travaux en question.

Devant l’Office de Tourisme, nous vérifions les horaires d’ouverture avant d’entrer : tout va bien, nous ne sommes pas en avance.

Silence. Personne. Un escalier.

En haut, un homme : il fume une cigarette, les pieds sur la table. Il les enlève bien vite en nous voyant.

– Bonjour monsieur !

Silence.

– Hello ?

– Buongiorno ?

– Buenos dias ?

Silence.

– Vous parlez pas français en fait ?

Il secoue la tête.

– Ni anglais, italien, espagnol ?

Il secoue la tête.

– Juste arabe ?

Il hoche la tête.

C’était l’Office du Tourisme de Bizerte.

Nous décidons d’aller voir à un hôtel de luxe, juste à côté, où une réceptionniste nous organise en dix minutes une excursion d’une matinée à Ichkeul avec un taxi. Evidemment, pas besoin de développer l’Office du Tourisme si les visiteurs intéressants (les riches, les utilisateurs potentiels de la marina) viennent dans les hôtels de luxe, où le personnel parle plusieurs langues.

Une fois là-bas, nous tombons sur une famille française : le mari est ornithologue et consultant pour les parcs régionaux en Afrique. Il est accueilli à grands frais par le conservateur du parc. Il y a aussi une autostoppeuse que la famille a dépannée : la fille qu’on a croisé en sortant de l’hôtel.

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