Où l’on parle de la brise du Kef

Port de Bizerte

Port de Bizerte

Dans mon rêve, des visages défilent, Emilie me parle. Elle se met à articuler « Allah Akbar », le répète, et d’un coup un haut-parleur me le hurle dans l’oreille : « Allah Akbar ! » Je me réveille, il est environ 22h, c’est l’heure de la dernière prière. Le premier muezzin a lancé l’appel et tous les autres le relaient. La première prière du lendemain sera décidée à l’aube, soit vers 5h du matin, et la suivante viendra vers 13h ; son heure sera déterminée à l’aide d’un cadran solaire. Les horaires des trains eux-mêmes se calent sur ce fonctionnement : le premier part juste après la première prière et le deuxième de la journée, juste après la deuxième. Voilà pourquoi, si l’on veut prendre un train le matin en Tunisie, il faut être prêt à se lever très tôt.

Le lendemain, nous nous rendons compte que nous sommes encore fatigués.
– On peut se faire une journée cool, non ?
– Ben c’est bien d’en profiter un maximum, on n’est pas en vacances tous les jours.

– En même temps, c’est vrai que comme c’est des vacances, on peut se reposer, en fait.

Après avoir somnolé dans notre chambre une partie de la journée, nous décidons de nous secouer et d’aller somnoler à la plage. Justement, on nous a recommandé celle de La Grotte, à quelques kilomètres. Nous prenons un taxi et arrivons sur une belle plage méditerranéenne, avec, là encore, des mères qui se baignent en robe et en voile pour surveiller leurs enfants. Il y a bien quelques occidentales, dont l’une est en bikini, mais c’est une jeune maman : on peut donc dire qu’elle a un statut privilégié.

Comme mon grand t-shirt est en train de sécher dans la chambre d’hôtel, je découvre les joies du bain de mer avec un paréo : c’est nul. Le paréo m’étrangle, puis s’entortille autour de mes jambes et de façon générale, ne fait qu’entraver mes mouvements. Des souvenirs de magazine féminin me reviennent : celui qui recommandait à ses lectrices complexées par leur poids de se baigner en paréo (la rédaction devait être une bande de traîtresses), celui qui avait demandé à une de ses journalistes de porter les vêtements de différentes époques et de donner ses impressions, assorties d’un commentaire d’une historienne sur l’époque. Au début des années 20, la mode avait été aux longues jupes étroites. La journaliste avait eu beaucoup de mal à marcher et s’était sentie entravée. L’historienne avait commenté qu’à cette époque, les femmes acquéraient davantage de liberté de mouvement (professionnellement, socialement) et que ce genre de vêtements étaient une tentative de les « ramener à leur place » en les contraignant.

Au moment de rentrer, nous nous trouvons bien dépourvus car il n’y a plus aucun louage ; nous faisons donc du stop et nous retrouvons bien vite pris par deux frères, un opticien et un commerçant. Ils sont ravis d’entendre que nous ne suivons pas le circuit touristique habituel : quand je déroule la liste des endroits où nous comptons aller, en faisant attention à la prononciation, il semble écouter une énumération de noms de pierres précieuses.

– Et ensuite, nous allons à Aïn Draham, puis à Bulla Regia, puis dans le désert, puis au Kef…

– Vous allez au Kef ? Ah, c’est une ville unique. Elle est restée très longtemps fermée, et c’est une ville multireligieuse ! Il y a une synagogue là-bas, et une église, les gens du Kef sont très fiers de leur tolérance. Et puis il y a la brise du Kef, qui est très douce et très attendue par les habitants après une journée de chaleur. C’est d’ailleurs une image amoureuse, l’aimée est comparée à la brise du Kef, celle qu’on attend et dont l’arrivée est un bonheur nécessaire. Il y a même une chanson qui en parle…

Une fois arrivés en ville, nous nous promenons sur le port. La nuit est tombée et un marché de rue replie doucement ses étalages. Quelques pastèques traînent sur le sol. Les boutiques sont encore ouvertes. Nous nous perdons dans la médina et apercevons plusieurs échoppes où les artisans sont penchés sur leur travail. Une chatte nourrit ses petits. Un enfant rentre regarder la télévision. Dehors, il y a une grande fête foraine ; les adultes restent entre eux et les enfants se regroupent en bande, s’échappent de la fête pendant leur moment de liberté.

C’est notre dernier soir à Bizerte. Demain, bus pour Aïn Draham, la Kroumirie et ses forêts de chêne-liège toutes proches de l’Algérie.

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