La Royale

Six heures du matin : réveil. Nous allons visiter l’un des plus grands sites archéologiques de la Tunisie : l’ancienne ville de Bulla Regia, au nord-ouest du pays.

Le taxi qui nous emmène est sympathique, volubile ; il a une bonne cinquantaine d’années, voire la soixantaine et un petit garçon de huit ans est assis à côté de lui. Nous le complimentons sur le petit, qui nous adresse quelques mots en français ; il s’agit de son fils, et visiblement, c’est la prunelle de ses yeux.

La ville de Bulla Regia a été construite selon le modèle de villa romaine et selon l’architecture troglodyte des berbères, ou une adaptation intelligente à l’environnement : les maisons ont deux étages, l’un en surface et l’autre sous terre, plus frais, utilisé pendant les mois d’été. Un puits central de lumière et d’air est aménagé et la lumière est ainsi distribuée dans toutes les pièces (dont les plafonds ne vont pas jusqu’en haut). Les mosaïques romaines restent en excellent état ; il est d’ailleurs étonnant, dans cette Tunisie si pudique, de voir ces mosaïques et ces statuettes débridées exposées au regard des touristes, au Bardo, au musée d’El Jem et ailleurs.

Nous arrivons juste avant l’ouverture, et restons là à admirer le nid d’oiseaux perché au-dessus d’une poutre, et les quelques gouttes de pluie qui tombent. Le site ouvre à 9 heures. A 9h05, un homme arrive, ouvre le bureau, ferme la porte. A 9h20, nous achetons nos billets.

A peine entrés sur le site, une guide nous propose ses services : pendant une heure, elle nous explique l’histoire de la ville, l’origine africaine du nom Bulla et le qualificatif plus tardif de Regia, la royale, donné par les Romains.

Le Guide du Routard propose une anecdote charmante sur le site « Il est vrai qu’on ne devait pas s’y embêter. N’a-t-on pas découvert, dans le temple d’Apollon, un squelette de femme portant un panneau gravé ainsi : adultère, courtisane, punis-moi, je me suis enfuie de Bulla Regia ? » Ah ça, on a le sens de l’humour, au Guide du Routard. L’histoire de cette pauvre femme m’a hanté plusieurs jours.

Je ne demande pas à la guide si l’anecdote est vraie ; elle nous pilote dans le site, ajustant son voile semi-opaque d’un geste élégant, nous fait franchir un petit ruisseau frais et bordé de végétation, et nous explique que la ville a disparu suite à un tremblement de terre. Rodrigo s’étonne : les tremblements de terre sont donc fréquents en Tunisie ? L’architecture locale ne prévoit absolument pas cette éventualité. Apparemment, les tremblements de terre sont réguliers, mais très espacés : tous les deux cents ans environ. L’architecture troglodyte des berbères serait épargnée, puisque pour détruire une maison berbère creusée à flanc de montagne… Il faudrait détruire la montagne.

Après que la guide ait passé une heure avec nous, nous nous promenons encore dans le site, qui est immense ; cependant, environ 90 pourcent restent encore à déterrer. Les fouilles sont interrompues, faute de crédit.

Quand nous cherchons un moyen de rentrer, nous tombons sur un car de touristes italiens. Nous demandons au chauffeur – qui ne parle pas français, mais italien – s’il peut nous ramener avec eux : il aimerait bien, mais ils vont à Tabarka, et nous devons aller à Sousse, soit à l’autre bout du pays. Finalement, nous trouvons un taxi, qui nous ramène à Jendouba, notre point de départ. Notre taxi est volubile, amusant, et charge plusieurs personnes sur le chemin, un peu comme un minibus. Nous demandons combien ça coûte : « Oh, mille dinars ! On va s’en occuper plus tard. » Nous payons le même prix que les autres, soit quatre dinars. Quand nous arrivons aux louages, et que nous trouvons la voiture qui part à Sousse, nous demandons le prix au conducteur : « Cent vingt dinars ? » Il le fait passer comme une blague, mais il aura tenté le coup ; et vu ce qu’il doit gagner, je ne l’en blâme pas. Suit une longue attente de deux heures pour que le louage se remplisse ; et nous faisons un long voyage de cinq heures de route vers Sousse, traversant le pays en largeur.

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