Le jeu des 3 : trois faits sur Leuven

Trois éléments relevés au cours de la semaine :

1) Les statues des rues de Leuven : le boulanger, la femme allongée, la sagesse, la femme qui marche.

2) Le carillon musical à Leuven, sur Ladeuzeplein : à chaque heure, il joue une mélodie, comme un extrait de Carmen ou « Ah vous dirais-je maman ».

3) Croisé dans la rue jeudi : une petite fille et sa mère, l’air soucieuse. La petite fille a imité l’adulte boudeuse pour la faire rire, et y a réussi.

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Trois idées d’histoire

1) Une enfant s’adresse à sa mère, femme politique ambitieuse, première femme maire de la ville, qui devient une statue pour ses services rendus à la ville, notamment l’instauration du carillon musical qui fait partie du charme de la ville (et attire les touristes, donc l’argent). Devenue femme et maire de la ville à son tour, elle fait construire plusieurs statues pour lui tenir compagnie.

2) Une petite fille essaie par tous les moyens de faire rire sa mère. D’abord elle l’imite en train de faire la tête, ensuite elle lui raconte que les statues sont devenues des statues parce qu’elles se sont arrêtées au moment où jouait le carillon musical ; ainsi, elle l’entraîne dans une petite danse au moment où le carillon joue l’air de Carmen.

3) Un jour, à Leuven, les gens de la ville ont décidé de se débarrasser de la musique, par puritanisme. Ils sont devenus tant et tant rigides que certains d’entre eux se sont statufiés. Les survivants ont décidé, pour ne pas les oublier, de faire jouer de la musique au carillon, toutes les heures. C’est une petite fille qui raconte gravement cette histoire à sa mère, pour tenter de la faire plier car elle la trouve trop sévère. Ca ne marche pas.

Histoire choisie : hésitation entre 1 et 3, choix de 1. Ce qui ne m’empêchera pas d’écrire 3.
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300 mots pour une histoire, marge de 10 %

Je t’ai construit une autre amie. Elle est ronde, elle a des cheveux crépus, elle est souriante. Elle est sur l’avenue principale, on dirait qu’elle marche. Elle est comme toi : en fonte.
La ville se remplit de statues coulées dans le même métal que toi. Les touristes les adorent – tu dois être fière. Tu en as tellement fait pour eux, pour les habitants de la ville, aussi. De ton vivant, tu as été réélue tant de fois à ton poste de maire, et les citoyens me parlent encore de toi. Tu m’as aidée autant que possible à réussir ma vie, c’est-à-dire à suivre tes traces, ma mère.
De ton vivant, tu étais soucieuse. Tu étais sans cesse occupée par de nouvelles affaires, de nouvelles idées. Je me souviens de cette réunion du conseil municipal dont tu es rentrée fâchée, parce qu’ils avaient refusé ton idée de faire jouer des mélodies au carillon de la grand-place, à chaque heure. Ils la trouvaient chère et futile. Pourtant tu as insisté, tu as eu gain de cause, et tout le monde, résidents et visiteurs, adore la musique du clocher. Les gens viennent spécialement sur la place au moment dit, ils s’amusent à reconnaître les airs.
De ton vivant je ne t’ai pas beaucoup fréquentée. Pourtant je t’ai si bien connue. C’est moi qui ai décidé de faire de toi une statue, après ta mort, une fois que la ville m’a élue. Je t’ai mise dans la rue commerçante : tu es au centre du passage, tu veilles encore sur les citadins et la bonne marche de leurs activités.
Tu n’es plus jamais seule. Je t’ai entourée d’autres esprits-gardiens sous forme de statue, d’abord des allégories – la sagesse, la soif de savoir – puis je n’ai plus cherché de justifications. Je t’ai simplement donné ce que tu avais cherché si âprement quand tu étais en vie, un groupe d’alliés.

Dimanche soir : voici l’histoire 3.

3) « Au moment de la Réforme, les habitants de Leuven ont décidé d’être protestants, encore plus protestants que les protestants. Ils ne s’habillaient qu’en noir, ils se couvraient les cheveux, s’épilaient les sourcils sans grimacer même s’ils avaient mal, et ne souriaient jamais par peur de l’enfer. »
La petite fille et sa mère remontent la rue. La petite fille a un pas vif.
« Ils faisaient toutes les choses lentement, avec beaucoup de gravité. Ils voulaient par dessus-tout respecter les règles. Tout devait être en ordre. Ils n’écoutaient jamais de musique, parce que la musique fait danser, et que c’est le contraire de la mortification du corps qu’ils devaient appliquer tous les jours. »
La mère a un regard perdu dans le vague. La petite fille se concentre intensément.
« Et tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, sauf que certains citoyens étaient encore meilleurs que les autres. Mais ces citoyens-là ! Il leur est arrivé quelque chose ! Un jour, alors qu’ils accomplissaient leurs tâches quotidiennes, que la boulangère poussait sa charrette et que l’étudiant lisait des livres en se lavant les cheveux, leurs mouvements sont devenus plus difficiles, leurs membres plus lourds. Ils se sont arrêtés de bouger, pour toujours. A force d’être inflexibles et parfaits, ils étaient devenus des statues. »
La mère sourit légèrement.
« Depuis ce temps-là, les citoyens ont décidé de remettre de la musique dans la ville, pour se souvenir qu’il ne faut pas trop suivre les règles et qu’il ne faut jamais oublier de danser, pour ne pas mourir en devenant une statue. »
La petite fille prend une grande inspiration.
« Donc, maman, ça veut dire que quand tu me trouves dans le salon en train d’écouter de la musique trop fort et de manger tout le paquet de bonbons, il ne faut pas me gronder ! Ca veut dire que je suis vivante ! Et c’est ça qui compte ! »

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