Le jeu des 3 : semaine 50

1) Sur Aardvark, quelqu’un me demande mon souhait pour Noël. Je le lui dis, et elle m’a répondu « *Huggies* *Love* » (traduction libre : gros bisous, je pense à toi). Cela peut sembler mièvre et hystérique comme réaction, mais j’ai apprécié qu’une totale inconnue m’envoie des marques de sympathie par e-mail.

2) Le conseil d’Elizabeth Zimmermann dans la newsletter où elle explique la Baby Surprise Jacket : « Knit and stay calm » (Tricotez et restez calme). Un conseil fort pertinent, quand on sait à quel point un tricot peut aller mal. Comme d’habitude, Elizabeth Zimmermann est délicieusement ironique : ses textes peuvent se lire avec grand plaisir, même quand on ne tricote pas. Quand on tricote, en général, on a des sentiments extrêmes face à Elizabeth Zimmermann (adoration démesurée, construction de petits autels, cris de joie à chaque fait ou modèle inédit).

3) Citation de Stephen Cope relayée par Amanda Palmer sur Twitter : « A heart that is open to the world must be willing to be broken at any time. » (Un coeur ouvert sur le monde doit accepter de pouvoir être brisé à tout moment ») Effectivement, c’est un risque à prendre, mais une fin douloureuse n’est pas inévitable. Les Rita Mitsouko chantaient « Les histoires d’amour finissent mal en général » et non « Les histoires d’amour finissent toujours mal ». A noter qu’avoir un coeur ouvert sur le monde ne se limite pas aux relations amoureuses, d’ailleurs.

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1) Une adolescente tricote des messages secrets élaborés dans ses tricots, allant du dessin compris d’elle seule au langage binaire que les geeks peuvent comprendre. Aujourd’hui, elle tricote une écharpe à son ex, qui vient de rompre avec elle, en guise d’adieu, pour lui dire qu’elle n’a pas cessé de l’aimer. Son tricot ne se passe pas bien et il semble que ses doigts refusent de faire passer le message qu’elle voulait lui adresser initialement…

2) Une personne paralysée par sa croyance que l’amour ne peut que mal finir tente se guérir en se forçant à accepter l’idée que la souffrance forcément inévitable et forcément atroce qu’elle peut subir à n’importe quel moment n’est pas grave. Pour se calmer, elle tente a) la méditation, b) le tricot, c) donner des hugs gratuits sur Internet.

3) Une personne à un point critique de sa vie décide d’apprendre le tricot, pour changer, pour découvrir quelque chose de nouveau, et pour se détendre. Elle découvre le club de tricot et n’apprend pas à rester calme. Elle apprend à redevenir passionnée.

Le jeu des 3 de cette semaine sera l’avant-dernier de l’année 2009. Début 2010, j’entame un feuilleton sur le tricot : les diableries du Magic Loop, qui fait suite à La malédiction de la pelote de mohair rose bonbon. Ce premier volet sera rendu disponible au format PDF en français et en anglais.

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En attendant, je raconterai l’histoire 1.

1) Cinq bleues, trois vertes, cinq bleues : je tricote les jambes du lutin, le lutin qui décore ta future écharpe, ce lutin qui était censé veiller sur notre amour. Tu l’adoreras, j’en suis sûre. Tu comprendras la référence.
Nous l’avions créé il y a six mois, après une blague, une discussion entre amoureux, une de ces discussions secouées de fous rires, quand nous découvrions notre complicité.
Le lutin s’appelait Gmulf, il venait de Bavière et il était censé nous protéger.
Quand tu as commencé à devenir distant, j’arrivais quand même à te faire sourire en te parlant de lui. Alors, j’inventais ses aventures. Quand tu as dit qu’on n’avait plus besoin de se voir autant, j’ai pensé au lutin en me demandant si, en désespoir de cause, je ne devais pas implorer son aide.
Quand tu m’as fait ton petit discours affreusement banal sur le fait que tu ne me méritais pas et que tu avais peur de t’engager à cause du divorce de tes parents, comme si tu étais le seul enfant de divorcés et que cela devait empêcher quiconque de tomber amoureux et de s’investir, j’en ai conclu que Gmulf avait failli à sa mission.
Je voudrais bien pleurer sur ce tricot que je t’adresse, parce que je t’aime encore. Ce serait délicat, sentimental et approprié à la situation. Je ne pleure pas. Mes gestes sont saccadés et mes doigts refusent de m’obéir.
Finalement, je finis ce maudit motif en jacquard, lèvres mordues, mains crispées.
Et je me rends compte qu’il ne rend pas exactement comme je le voulais. Mais c’est très bien.
Le lutin, tout compte fait, n’a jamais eu pour rôle de protéger notre couple.
Il avait pour rôle d’exprimer mes pensées. Il les exprime très bien, de manière très succinte, par un geste et une expression explicites.
Joyeux Noël.

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Biclou ?

– Je suis bizarre, m’annonce Tom. J’ai donné un nom à mon vélo.

Je ne dis rien pendant une seconde, parce que je trouve ça trop bien, de nommer son vélo. Finalement, je le lui dis.

– Regarde, me dit-il, je l’ai marqué au feutre sur le cadre.

En effet, le nom de son vélo est là, en lettres argentées.

– C’est bien parce que non seulement tu personnalises ton vélo, mais en plus ça peut dissuader les voleurs.

Si c’est une vacherie, elle n’est pas du tout voulue comme telle. C’est important de dissuader les voleurs, donc d’avoir un vélo pas trop beau, pas trop neuf, personnalisé si possible, qui sera plus voyant et donc moins attirant pour un voleur, qui cherchera à prendre un vélo de qualité, si possible, et discret. Sauf s’il s’agit d’un étudiant bourré. Là… Tout est possible (jet de vélo dans la rivière, sculpture improvisée, etc).

Quand je suis allée chez Spit en quête d’un vélo, je n’ai pas eu beaucoup de choix : tout de suite, ça a été elle. Elle était là, la bicyclette pour dame, toute bleue et rouillée avec sa sonnette rose vif. Les autres vélos étaient pour enfant ou pour hommes. Je ne leur ai même pas jeté un regard.

Le bleu était joli et la rouille parfaite pour dissuader les voleurs. Le vélo marchait bien, la chaîne était bien fixée, la dynamo fonctionnait, les freins aussi – important, les freins. Je l’ai essayé dans le magasin (un grand hangar), je l’ai chevauché pour rentrer à la maison. Je me suis rendu compte que la Belgique n’était pas un plat pays, il y avait une belle petite montée, tout de même. Rien de comparable à la butte Montmartre, mais quand même.

Et c’est en rangeant mon vélo dans le hall de mon immeuble que j’ai réfléchi au nom : Marilou ? Gainsbourien, Marilou. Mais non, une petite fille de ma connaissance s’appelle comme ça, trop bizarre. Vanina ? Comme la chanson ? Mmmh….

Dani-Lou ?

Va pour Dani-Lou.

Afin de respecter l’intimité de ma bicyclette, aucune photo d’elle n’apparaîtra sur ce blog.

Le jeu des 3 : Post Secret et VDM

Aujourd’hui, le jeu des 3 se fait avec trois récits courts d’inconnus :

1) le premier vient de Post Secret : http://postsecret.blogspot.com/
« I want my child’s birth mother to know that he is happy heatlhy + loved. But I don’t even know who she is. I promise he is the center of our lives. » « Je veux que la mère biologique de mon enfant sache qu’il est heureux, en bonne santé, aimé. Mais je ne la connais même pas. Notre vie tourne autour de lui, je le promets. »

2) le deuxième de Post Secret France : http://postsecretfrance.blogspot.com/
« Je choisis la vie à tout prix »

3) le troisième est un VDM : http://www.viedemerde.fr/inclassable/1229428
« Aujourd’hui, je reprends l’avion après des années d’abstinence dues à une phobie persistante. L’homme à ma droite lit « 1001 crashs – photos d’accidents aériens » et le gamin à ma gauche regarde « Lost » sur son ordinateur. Plus que huit heures de vol. VDM »

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3 histoires :

1) L’enfant adopté prend l’avion pour rencontrer sa mère biologique au Nicaragua, après une dépression grave due à la mort de ses parents adoptifs dans un accident d’avion (qui lui a donné une phobie persistante de l’avion). Son voyage en avion, entre un homme qui regarde des photos d’accidents aériens (dont celui de l’avion où ses parents sont morts) et un enfant qui regarde « Lost » (lui rappelant ces jours où il avait espéré, avant que l’on ne retrouve les corps, que ses parents aient survécu), s’annonce pénible.

2) Les parents adoptifs vont chercher l’enfant en avion. Arrivés en retard à l’enregistrement, ils sont séparés dans l’avion. Le père est nerveux, coincé entre ses deux voisins (monsieur Crash et le petit Lost), et pour se distraire, imagine à quel point la vie sera belle avec l’enfant, comme lui et sa femme s’en occuperont bien… Pendant ce temps, la mère se prépare à se séparer de son enfant : elle veut lui offrir une meilleure vie – et s’offrir une vie moins dure, avec une bouche en moins à nourrir.

3) Trois personnes terrifiées sont dans l’avion. Elles jettent des regards furtifs sur leurs voisins, et ce qu’elles voient ne les rassurent pas. Le premier a choisi de regarder « Lost » pour se dire que finalement, en cas de crash, la vie continue à tout prix. Si l’avion s’écrase, il se retrouvera sur une île déserte, et il se débrouillera pour survivre, même entouré de gens bizarres avec des symboles hindous. A l’autre bout, un homme feuillette un livre de photos d’accidents pour apprivoiser l’idée de la mort ; il se dit qu’il n’aura pas le temps de souffrir. Au milieu, une femme, les mains tremblantes, sort un livre de son sac : « Aller jusqu’au bout de sa foi, prières pour la vie et la mort ».

Je ne sais toujours pas quoi choisir…

Clin d’oeil à la belge

En Belgique, les gens vous font des clins d’oeil à tout bout de champ.

En France, le clin d’oeil marque une certaine complicité entre les personnes – deux, habituellement. Celui qui fait le clin d’oeil prépare une bonne farce, ou est en train de mentir à un tiers. Il veut vous faire sourire ou avoir votre soutien. Ou alors, il vous drague.

En Belgique, quand j’expliquais quelque chose à des caissières, certaines me faisaient un clin d’oeil après avoir compris. Ou bien c’est une commerçante qui me dit au revoir et me fait un clin d’oeil, comme ça, sans sourire, juste pour signaler qu’on est bien d’accord que la transaction a été payée.

En gros, ces clins d’oeil veulent dire : ok. Ou alors, comme les Belges disent au lieu de « c’est bon » : « ça va ».

En conclusion, soit je me fais draguer effrontément par une majorité des personnes avec qui je suis en contact, soit le clin d’oeil est plus répandu en Belgique qu’en France. Je crois que la dernière solution est la bonne.

Fiets ! Bike ! Biclou !

Leuven, comme toute ville flamande qui se respecte, est une ville à vélos : toutes les rues ou presque comportent une piste cyclable, les abris à vélos sont omniprésents, et une partie du boulevard de ceinture a été surélevée pour que l’on creuse, juste au-dessous, un gigantesque hangar à bicyclettes.
Les vélos sont dans les rues, devant les portes, dans les halls d’immeuble, entassés dans une allée déserte comme une sculpture improvisée (ah, ces étudiants ivres et facétieux), plongés dans la Dijle (ah, ces étudiants…). Ils portent la marque de l’université. Ils sont délibérément choisis vieux, usés, pour décourager les voleurs. Ils sont personnalisés de la selle à la sacoche à la sonnerie, repeints selon la fantaisie du propriétaire.

On ne peut pas vivre très longtemps sans vélo. J’aurai patienté plus de trois mois avant d’avoir le mien.