Le jeu des 3, semaine 51

Un jeu des 3 spécial transports parisiens :

1) Dans le RER, un homme d’âge mûr, bien habillé, et un jeune homme avec des dreadlocks discutent.
Le jeune :
– Je suis bien là, je suis coincé contre ton bide.
– Tant mieux. Je sais comment t’appeler maintenant : TiMalou.
– Oh là là, non…
– Ben quoi, je peux pas t’appeler Grand Malou non plus !
C’est le soir du réveillon. Ils prennent rendez-vous pour le soir même.

2) Il y a quelques années, dans le métro, un homme d’âge mûr, bien habillé, discutait avec une jeune femme et son petit garçon. Visiblement, l’homme a de l’estime pour la femme. Il est poli, chaleureux mais pas familier. Quand il sort, le petit garçon dit à la femme :
– Il est gentil, le monsieur.
– Oui, très gentil. Tu ne sais pas ce que tu lui dois.

3) Il y a quelques jours, à Gare du Nord, entre la ligne 5 et la ligne 4, une femme s’est mise à crier contre un trou dans un mur en contreplaqué, qui masquait des travaux en cours. Y avait-il quelqu’un derrière ?

———–
1) Il existe un réseau qui vient en aide aux personnes en difficulté psychologique et matérielle, en entrant en contact direct avec eux et en les accompagnant pendant plusieurs jours. Les accompagnateurs du réseau apportent un soutien spirituel et/ou matériel selon le cas. L’un de ces accompagnateurs, choqué par une expérience qui a mal tourné, doit prendre en charge une nouvelle mission ; cependant, face à sa nouvelle protégée, il fuit et se réfugie derrière un mur en contreplaqué. Celle qui aurait dû bénéficier de son soutien l’engueule.

2) Un banquier prête à une jeune femme et à son enfant une somme qui leur permet de survivre jusqu’à ce que la jeune femme retrouve un emploi, ce qui lui est difficile car elle est maniaco-dépressive. Devenu grand, l’enfant, qui est devenu graphiste, retrouve le banquier et sympathise avec lui. Ils parlent de la mère du jeune homme, qui se met parfois à parler aux murs.

3) Une femme se retrouve dans un Paris métamorphosé : tout le monde est gentil. Tout le monde est poli. Les gens sympathisent dans le métro. Tout le monde est aimé sauf elle, ce qui la pousse à se lier d’amitié avec un mur qui a un trou derrière lequel, croit-elle, quelqu’un se cache.

——————-
3) Le 30 juin 2010, Paris fut métamorphosé à tout jamais.

Les gens devinrent polis.

La première chose qu’Elisa D. vit en sortant de chez elle, ce fut son voisin mal-aimable qui souriait à la voisine du dessus, celle qui mettait le souk tous les soirs. Frappée d’étonnement, elle s’arrêta. En temps normal, monsieur Castinot n’aurait même pas dit bonjour à mademoiselle Farène, et se serait lancé dans des récriminations acides dès qu’elle aurait eu le dos tourné.

Elle entendit le voisin dire à la voisine :

– Et bonne journée à vous ! Merci pour l’invitation !

Elle se dirigea vers eux, heureuse de voir monsieur Castinot de bonne humeur. Cependant, quand il la vit, son visage se rembrunit aussitôt. Mademoiselle Farène se tourna pour voir la cause de son mécontentement, et s’assombrit elle aussi. Ils se dirent un bref au revoir et retournèrent à leurs occupations.

Toute la journée, Elisa D. constata le même type de phénomène. Pour une raison étrange, les gens étaient admirablement gentils entre eux, et d’un calme inaltérable; ils sympathisaient dans le métro, se cédaient leur place, et lors d’une coupure de courant, se mirent même à entonner un air gai en choeur.

Mais ils n’étaient pas gentils avec elle. Elle ne comprenait pas pourquoi, mais elle était exclue de cette grande fête où tous les gars et toutes les filles du monde avaient bien voulu se donner la main. Elle en était triste, car elle avait toujours souhaité, du fond de son coeur, l’harmonie sur Terre. Elle savait dire « PARDON ! » comme une Parisienne, évidemment, et bousculer les gens aussi bien qu’une autre. Elle se disait que le jour où les autres seraient aimables envers elle, elle se montrerait adorable avec eux.

Malheureusement, ce jour n’était pas venu. L’harmonie régnait pour tout le monde, sauf pour elle. Pourquoi pas elle ?

Devant tous ces gens qui se renfrognaient à un mètre autour d’elle pour mieux sourire dès qu’elle s’éloignait, elle perdait le contrôle d’elle-même. A la fin de la journée, c’est avec des muscles contractés jusqu’au plus petit et un léger tremblement des mains qu’elle parcourait le couloir de sa correspondance entre la ligne 4 et la ligne 5, à Gare du Nord, pendant que des jeunes de banlieue discutaient chaleureusement avec les policiers du quartier.

Soudain, elle entendit quelqu’un l’appeler.

– Eh !

Le bruit provenait d’un mur en contreplaqué, une fausse cloison posée quelques mètres devant le vrai mur. Elle s’avança. Le mur fit entendre des rires étouffés.

– Comme tu es belle, lui dit le mur.

Emue, elle toucha le mur du doigt.

– Adorable…

Elle posa ses mains sur le mur.

– Allez, on y va.

Elle entendit des pas qui se dirigeaient vers la droite et les suivit, ne lâchant pas le mur du doigt. Il finissait bientôt…

Là, elle vit sortir un couple d’amoureux. L’homme chuchotait encore à son amie « Comme tu es belle ! » et l’amie faisait entendre un petit rire étouffé.

Ce rire, se dit Elisa, ce rire, ces mamours, c’était bien la chose la plus stupide qu’elle ait jamais entendue de sa vie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s