Ixelles, région de Bruxelles, 26 février 2010

Tête africaine et étoile, parc d'Ixelles près de l'abbaye de Cambre

Une statue Dragibus.

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La vie et la mort en cours de langues

– Mort. Vous voyez ce que c’est, mort ?

Elle se passe le doigt sur le cou, fait une petite grimace qui se veut légère.

– Mort. C’est ça, mort.

Nous sommes en cours de néerlandais et la plupart des élèves attendent qu’il soit l’heure. Le Roumain qui sait déjà compter jusqu’à 10 et conjuguer le verbe « être » trépigne. Les Français s’ennuient poliment. L’Indien qui parle néerlandais mais qui est là parce qu’il ne connaît pas la grammaire se tient bien droit.

Malheureusement, deux ou trois personnes n’ont pas compris. Alors, la prof doit ré-expliquer.

– C’est la vie ! C’est l’évolution de l’homme !

Elle se met à dessiner au tableau.

– L’homme naît, il se marie, des fois il divorce (rires dans la salle), après il meurt.

Tout est dit. Tant de considérations sur notre existence, alors que nous étions juste en train de classer des mots pour apprendre à utiliser le bon article défini.

– La mort.

Elle refait le geste.

– Et aussi, la vie. Mais le train…

L’informatique, voilà bien un truc de filles

Le 10 décembre 1815 naît le seul enfant légitime du poète Lord Byron, conçu avec Anne Isabella Milbanke. Le poète et son entourage s’attendent à voir paraître un garçon, un conquérant, un petit macho pur sucre (enfin, ils ne le disaient pas comme ça, c’étaient des poètes romantiques tout de même). Finalement, c’est une fille qui apparaît. On la nomme Augusta, son père y ajoute le prénom d’Ada.

La petite fille ne connaîtra jamais véritablement son père, mort en Grèce alors qu’elle n’avait que neuf ans, après une existence tourmentée. Anne Isabelle Milbanke, qui rêve pour sa fille un autre destin que de mourir à trente-six ans dans un pays en guerre, décide de prévenir par les études toute disposition aux disciplines dangereuses, comme la poésie. C’est décidé : la petite fille étudiera les mathématiques.

Très vite, elle montre des dispositions exceptionnelles. Elle se marie, devient Lady Lovelace, mais ne délaisse pas les sciences, gagnant ainsi le surnom de « magicienne des nombres » donné par le mathématicien Charles Babbage, dont elle était l’assistante.

A cette époque, plusieurs scientifiques, dont Charles Babbage, cherchent à faire une machine qui puisse analyser des chiffres et ainsi automatiser des opérations fastidieuses, soumises à l’erreur humaine. Seule Ada Lovelace a l’intuition que cette machine peut faire plus ; alors qu’elle traduit un rapport de Luigi Menabrea, elle rédige une série de notes d’accompagnement contenant un algorithme qui permet d’élargir les possibilités de cette machine que l’on nomme encore « dispositif d’analyse » et pas encore ordinateur…

C’est ainsi qu’Ada Lovelace, la comtesse, la fille de Byron, la « magicienne des nombres », est devenue la première programmatrice informatique.

Les geeks, passionnés et fidèles dans leurs affections (contrairement à Lord Byron) n’oublient pas Ada Lovelace et lui dédient des BD, des sites et même une journée.

Ada Lovelace est morte à trente-six ans. Elle est enterrée à côté de la tombe de son père, le géant de la littérature qu’elle n’a jamais connu et toujours admiré.

Pour lire une courte biographie d’Ada Lovelace en BD, c’est ici.

Le dramaturge de l’Opéra

Il a un col roulé noir, des lunettes rectangulaires à monture noire, une veste noire, il est assis sur un fauteuil noir, et il fait la gueule.

Il n’a plus beaucoup de cheveux, probablement parce qu’à force de réfléchir, sa tête a trop chauffé, et tous les cheveux sont tombés.

Il parle, d’un ton grave, de l’opéra que nous allons voir. Nous, tous ces gens de la région de Bruxelles et de Leuven réunis au cinéma Kinepolis pour voir un opéra retransmis en direct du Metropolitan Opera House de New York.

Nous, public éduqué et avide de culture.

Après sa petite introduction, l’opéra commence et c’est tout un monde de couleurs et d’histoires invraisemblables mais si romantiques. Le public a ce qu’il veut : des décors féeriques, des performances vocales plus qu’humaines, des rebondissements, des méchants très méchants, et beaucoup d’amour. Entre les actes, une présentatrice – habituellement l’une des chanteuses du Met qui ne fait pas partie de la distribution – pose quelques questions aux chanteurs, aux costumiers, aux scénographes. L’ambiance est détendue, les chanteurs sont aimables mais ont plutôt la tête dans leur rôle. L’atmosphère est vive et personne ne se prend trop au sérieux.

Sauf quelqu’un : le présentateur en noir du début qui joue consciencieusement le rôle de l’intellectuel. Il signe l’évolution de l’opéra : jadis, c’était une forme d’art populaire qui avait le pouvoir de soulever les foules. Aujourd’hui, c’est une distraction pour la bourgeoisie grande et moyenne. Le dramaturge, lui, est un acteur de plus, costumé pour donner au public ce qu’il veut.

L’institut déraisonnable

Je viens de découvrir The Unreasonable Institute, un incubateur d’entreprises sociales. Les entreprises en question doivent pouvoir être autonomes financièrement après un an d’exploitation et bénéficier à un million de gens dans le monde. Il est possible de parrainer ces entreprises en donnant une somme d’argent qui leur permettra, si elles sont parmi les premières, à suivre une formation intensive de 10 semaines pour la gestion et à bénéficier d’une aide au capital ainsi que d’un réseau de soutien.

Si mon choix s’est porté sur Kranti, une initiative de réhabilitation des prostituées et des femmes ayant fait l’objet d’un trafic en Inde, il y a bien d’autres entreprises intéressantes : construction de logements écologiques à très bas prix pour sortir les gens des bidonvilles, mise en place d’une aide médicale permanente en Ouganda, apprentissage de l’anglais par téléphone mobile à bas prix, etc.