Luc Skywalker mangeait-il des merguez ?

George Lucas, alors jeune réalisateur, est venu en Tunisie tourner les trois premiers volets de La Guerre des Etoiles. Découvrant le village de Tataouine, et ses petites maisons, il décida de nommer sa planète Tatooine et de garder l’architecture lunaire – murs blanchis à la chaux, portes et fenêtres aux angles arrondis – en y ajoutant simplement quelques tuyaux évoquant des systèmes mystérieux et sophistiqués.

Les décors sont restés tels quels. Nous entrons dans les maisons désertes ; la tête de l’un dépasse d’une fenêtre, l’autre d’une porte, nous ressemblons à des lapins qui sortent de leur terrier. Et bien évidemment, nous prenons une série de photos où nous rejouons la grande bataille entre Luc et Darth Vador à l’épée laser, sauf que là on a des stylos.

Sur les murs du café où nous faisons une pause, nous remarquons plusieurs symboles dessinés au mur – l’empreinte d’une main à l’entrée, des animaux stylisés aux formes anguleuses, un double trident. Le dernier signe, je le reconnais, il apparaît partout aux alentours de mon immeuble à Paris. Des appels des vendeurs aux symboles, ce voyage m’instruit, en fin de compte, sur mon propre quartier.

En voiture vers l’hôtel, nous traversons une ville. “Ici” nous dit Mokhtar “c’est la ville des femmes. Les hommes travaillent quasiment toute l’année à l’étranger, ils ne reviennent que deux mois sur douze.”

L’après-midi, nous nous rendons dans le désert, dans un autre lieu de tournage de la saga. Le décor est resté tel quel, devenant un lieu de tourisme supplémentaire ; cette fois-ci les maisons sont rondes, mais à l’intérieur il n’y a que quelques poutres en bois, et toujours des tuyaux qui ne mènent nulle part. Un décor de cinéma, en somme, impressionnant sur pellicule, fragile et artificiel dans la vraie vie.

Dans les maisons de la planète Tatooine, les gens mangeaient des nourritures extraterrestres ; dans la vraie vie, il est probable que Luc Skywalker lui-même, assis entre le chef opérateur et l’éclairagiste, se soit régalé de merguez. Et de couscous. Ou peut-être, le visage grave, pleurant l’Amérique en son for intérieur, ne se nourrissait-il que de hamburgers-frites pour maîtriser la Force.

Nous nous retrouvons à regarder le coucher de soleil sur les dunes. Après avoir épuisé toutes les plaisanteries possibles sur La Guerre des Etoiles et sa parodie, nous nous taisons. Le vent souffle et déplace le sable. Des dunes à perte de vue. Aucune vie. Il y a quelque chose d’inquiétant et de morbide tout à coup, loin du calme et de la beauté imposante de notre dernière visite – la solitude et l’indifférence du désert devient angoissante. Et puis l’un d’entre nous bouge, raconte une histoire; le moment est passé.

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