Mahdia

Nous hésitons entre deux destinations après Kairouan : Le Kef, plan A, ou Mahdia, plan B. Comme il ne nous reste que trois jours et qu’aller au Kef présuppose de passer la nuit dans un village avec un seul hôtel borgne, nous nous rabattons sur le plan B et filons à Mahdia, petit village de pêche en train de devenir un lieu touristique, selon le guide. Sur place, nous nous rendons compte que la transition est déjà bien amorcée. A une faible distance du village, des hôtels aux panneaux fluorescents s’étendent le long de la plage, sur quelques bons kilomètres.

Le village surplombe la mer, dont il est protégé par des murailles blanches ; il y a un cimetière sur une partie de la plage, de petites rues où travaillent les artisans. Comme le lieu est touristique, je peux me baigner avec mon maillot de bain seulement – pas de t-shirt, pas de paréo, rien. Sur la plage, nous croisons l’un des employés de notre hôtel, qui nous invite à un mariage le lendemain soir. Dommage, nous serons déjà partis pour Tunis.

Pour aller en ville, nous cherchons à prendre un taxi, mais nous avons une surprise : pas de compteur, les chauffeurs proposent un tarif pour le moins fluctuant. On nous dit que c’est la coutume, nous finissons par nous y plier et prenons un taxi pour le centre-ville. Nous cherchons un endroit où dîner.

Nous rencontrons par hasard une italienne à un restaurant ; femme d’âge mûr, elle vient de finir sa thèse sur les Bédouins. Une conversation à trois se noue où je sers d’interprète entre français-italien, de manière assez brouillonne puisque je ne peux pas me contenter de traduire les questions et que j’y ajoute les miennes.

– Il va y avoir de grands changements dans le Sud, nous annonce-t-elle. Dès la rentrée, il y aura des vols chaque semaine entre Milan et Tozeur. Ca va être un grand choc culturel. La région qui a gardée ses coutumes, sa manière de vivre, et elle va probablement évoluer très vite.

Nous discutons des aspects de la culture tunisienne que nous connaissons. Elle insiste sur le fait que la condition des Tunisiennes est bien supérieure à celle des Italiennes, avec des arguments peu convaincants :

– Mais les femmes bédouines sont considérées comme des objets très précieux…

Précieux ou pas, un objet reste un objet – non pas un sujet.

– Et puis les femmes italiennes sont très soumises. Dans le Sud, les femmes sont puissantes : elles sont reines dans leur cuisine.

Après le dîner, en marchant sur la plage, nous discutons des autres informations glanées : cet homme qui nous a dit sérieusement que si une femme se promenait seule dans la rue, c’est probablement qu’elle avait envie de coucher avec un homme ; cette fille qui nous avait dit qu’un homme l’avait suivie en lui hurlant des insultes puériles (“je vais te faire un trou, je vais te trouer ta chatte”) à Kairouan, pendant vingt bonnes minutes, sans que personne ne réagisse. Pour autant, la Tunisie n’est pas la Syrie, ni le Yémen. Mais l’inégalité entre les sexes est bien visible.

Nous nous promenons entre la mer et le cimetière, sous la lumière de la Lune. Nous nous tenons la main. Tout est paisible. Rodrigo, rompant le silence, s’exclame :

– Tu sais que dans certains coins, on nous aurait déjà suivis, attaqués, découpés en petits morceaux et jetés à la mer ?!

Mais nous ne sommes pas “dans certains coins”. Nous sommes à Mahdia, en Tunisie. On n’y découpe pas des masses le touriste. On le laisse vivre et s’étonner.

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