Le virus de la comédie : les aspirants comédiens

– J’ai plaqué mes études pour venir ici. J’étais sur le point de faire ma dernière année… J’ai quitté ma ville, mon pays, je suis venu à Paris et je veux faire du théâtre.

Nous sommes une bonne trentaine dans la pénombre, en train de regarder le jeune homme qui vient de faire cette déclaration. Il est grand, maigre mais pas dégingandé, il a des gestes souples.

Nous nous trouvons dans la salle d’un cours de théâtre, une institution mastodonte qui occupe plusieurs milliers de mètres carrés dans le dix-neuvième arrondissement. Nous sommes en période probatoire, ce qui signifie que nous allons suivre trois semaines de formation avant de passer l’examen d’entrée dans l’école.

Beaucoup d’entre nous ont changé de vie, par décision personnelle ou imposée. Il y a l’avocate qui fait une pause, l’ex-cadre qui a aussi été organisateur de soirées, celle qui a fait du théâtre, qui a eu peur de la précarité et a renoncé, qui y revient quand même. Il y a aussi deux filles de seize ans : une Israélienne calme et une jeune fille anxieuse de plaire, qui prend aussi des cours de danse et de chant et dont les parents aimeraient bien qu’elle soit une star. Il y en a quelques-uns qui s’accordent une pause et prennent des cours de comédie pour voir. La majorité veut en faire son métier.

Nous sommes en 2001, et j’ai renoncé à passer l’agrégation pour faire du théâtre. Pourquoi ? Parce que l’an dernier, je suis partie en Angleterre, en année sabbatique. Je voulais savoir si je pouvais me diriger vers l’enseignement. J’avais un emploi à temps partiel dans un lycée en tant qu’assistante de français, j’ai fait du bénévolat dans une école primaire, j’ai vraiment essayé. Et aussi, ça me démangeait, je voulais faire du théâtre, pour voir. C’a a été vite vu. Pas d’enseignement, mais besoin de monter sur scène. Et j’allais gagner ma vie comment, au fait ? Bonne question. A l’université, on nous avait présenté l’enseignement comme le seul débouché possible.

– Quand on fait du théâtre, on gagne quatre mille francs par mois, nous explique la prof de sa belle voix râpeuse. Et avec quatre mille francs par mois, on bouffe pas, ou alors de la merde.

Tout le monde écoute son discours sans broncher. Tout le monde sait qu’elle ne ment pas. Et pourtant, tout le monde veut continuer.

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