Le choix de l’art dans les Contes d’Hoffman

Dans l’opéra d’Offenbach « Les Contes d’Hoffman », inspiré par des nouvelles du génial et alcoolique écrivain fantastique allemand, on dit que les héroïnes des histoires d’Hoffman ne sont qu’une seule et même femme, la Stella. Racontant l’échec de ses amours au cours d’une nuit de beuverie dans une taverne, Hoffman finit par renoncer à l’amour d’une femme pour suivre sa muse et se consacrer à l’écriture.

Si l’on admet que toutes les femmes des Contes d’Hoffman sont une facette de la Stella, il est possible de suivre son évolution. D’abord jeune fille timide dans l’histoire d’Olympia, poupée qui ne cherche qu’à plaire en chantant sa ritournelle (parodie grinçante de l’éducation des jeunes filles à l’époque…), elle devient ensuite Antonia, jeune femme passionnée qui fait passer son art au-dessus de tout, y compris sa santé et une vie domestique simple avec Hoffman. Elle meurt alors à ses yeux. Quand il la retrouve, c’est sous les traits de Giuletta, qui vit dans un milieu luxueux et bohème – comme une artiste à succès – et choisit ses amants. Elle se livre au libertinage et ne cherche pas à se marier : un mari pourrait se mettre en tête de lui dicter son comportement, et l’époque ne lui fournissait pas beaucoup de recours contre ce genre d’attitude.

Le problème d’Hoffman, c’est que Stella ne le fait jamais passer, lui, avant son art qui est le chant lyrique. S’il finit par choisir l’écriture, ce n’est qu’après que Stella l’ait rejeté, parce qu’elle avait fait, avant lui, le choix de l’art.