Casque de feu

Je l’ai rencontrée la première fois vers l’âge de 11 ans, elle m’a fascinée. J’ai repensé à elle, bien longtemps après, déçue par des histoires que j’adore mais où les femmes sont des potiches ou sont sempiternellement cantonées à l’arrière-plan. Je l’ai redécouverte vingt ans après, après l’avoir cherchée sur la base d’un souvenir vague, et elle m’a à nouveau enchantée.

Elle, c’est Aérine, l’héroïne de Casque de feu, un roman de Robin McKinley. Le titre et la couverture française sont volontairement ambigus sur le sexe du personnage principal, tout comme le titre et la couverture de l’original, en anglais (The Hero and the Crown). Forcément, car si les petites filles lisent des histoires dont le héros est une fille ou un garçon, les garçons, c’est bien connu (ça leur est bien inculqué, surtout), ne lisent pas d’histoire dont une fille serait l’héroïne…

Aérine est fille de roi, mais sa position à la cour de son père est précaire, car sa mère appartenait au peuple des ennemis héréditaires du royaume. Elle s’ennuie parmi des courtisans qui la détestent. Un jour, elle retrouve la recette d’un baume anti-feu dans un livre de chroniques historiques et décide de s’en servir pour combattre les dragons…

Casque de feu est un roman essentiel pour de nombreuses raisons :

1) on ne le lâche pas, entre péripéties et sens de l’humour de l’héroïne.

2) il enseigne (ou rappelle les vertus de) la persévérance. Dans la première partie, Aérine est une ado qui se cogne aux meubles et ne sait pas quoi faire d’elle-même. Dans la deuxième, elle tue des dragons et s’impose comme une femme et une guerrière de toute première classe. La différence est énorme mais pas surprenante, parce qu’on l’a suivie dans ses longues séances d’entraînement. Elle n’accomplit pas de grandes choses parce qu’elle est « douée ». Elle s’entraîne pendant des heures, jour après jour, en ignorant les courbatures et les ampoules.

3) il y a une superbe histoire d’amour, qui n’a pas perdu de sa force ni de son originalité.

J’ai relu Casque de feu en l’analysant scène par scène, pour mieux comprendre comment l’histoire s’articulait. Loin de montrer certaines faiblesses ou de désenchanter l’histoire, au contraire, ce procédé m’a donné l’impression d’analyser de près les rouages d’une mécanique exceptionnelle.

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Le masque de la mort rouge, Edgar Allan Poe

En 1842, Edgar Allan Poe publie The Masque of the Red Death, une nouvelle qui sera traduite par Baudelaire et publiée en France en 1864, dans le recueil Nouvelles histoires extraordinaires.
La traduction de Baudelaire est disponible ici : http://www.ac-nancy-metz.fr/enseign/lettres/transver/nouvelle/nouvfan/poemas.htm

Dans cette nouvelle, les protagonistes sont les convives d’un bal, réfugiés dans un château pour échapper à la peste rouge qui dévaste le monde. Ils se distraient dans des fêtes, des bals costumés. Justement, l’un des invités, que personne ne connaît, a un costume d’assez mauvais goût : celui d’un pestiféré. Hélas, il s’agit de la peste rouge, qui contamine les convives et les regarde mourir… « Et les Ténèbres, et la Ruine, et la Mort rouge établirent sur toutes choses leur empire illimité. »

Ce qui m’a toujours plu dans cette nouvelle, c’est son audace. Enfin, on nous promet la fin du monde et on nous la donne. Combien de livres et surtout de films commencent par nous faire miroiter le grave danger de l’apocalypse, alors que nous savons très bien qu’un héros très gentil/des microbes très gentils (dans le cas de la Guerre des Mondes) vont sauver le monde à la fin ? L’enjeu de « sauver le monde en péril » est tellement rebattu qu’un film comme Inception glisse à peine dessus, comme au passage, parce qu’il faut bien, et de toute façon le véritable enjeu est que le protagoniste revoie ses enfants. Il gâche un peu, à la longue, le plaisir de lire des romans de Terry Pratchett, pourtant admirables à tous autres points de vue.

Dans Le masque de la mort rouge, on nous promet la fin du monde, et on l’obtient. Pas « la fin du monde mais le héros/une poignée d’irréductibles/Will Smith a survécu », non, la vraie fin, caput, ciao.

Il est bon, parfois, en tant qu’écrivain, de tenir ses promesses.

Améliorer son anglais en lisant des histoires

Bien sûr, il y a le projet Gutenberg, bien pratique quand on cherche une citation (ou Google Books), mais il y a aussi ce site :  Fifty-two stories, qui contient des nouvelles d’auteurs anglophones et en bonus, des citations d’écrivains telles que  celle-ci, de Neil Gaiman : « A short story is the ultimate close-up magic trick — a couple of thousand words to take you around the universe or break your heart. » (« La nouvelle est le plus perfectionné des tours de prestidigitation : quelques milliers de mots vous feront parcourir l’univers ou vous briseront le coeur »).