L’écrivain dans sa tour d’ivoire

Dans le post précédent, je qualifiais les écrivains de « manipulateurs » – Sharon et Andrea ont répondu à juste titre que « storytelling » convenait mieux.
Manipulateur a une connotation négative. Bien sûr, un écrivain tente de provoquer un effet sur ses lecteurs, de jouer avec leurs nerfs dans un roman à suspense ou de les faire réfléchir (parfois les deux, en deux temps différents). Mais cela relève davantage de l’art du conte, de l’art de la narration, que d’autre chose.
L’un des intervenants de la journée de la traduction littéraire avait utilisé ce terme, que j’avais repris parce qu’il me plaisait par son côté provocateur.
Provocation contre quoi ?
Contre l’idée que l’écrivain, ou tous les artistes en général, sont retranchés du monde, libérés de tous les impératifs commerciaux, à l’abri dans leur tour d’ivoire. Ce n’est pas vrai. Les artistes vivent dans le monde, au contraire, et tentent de le comprendre, d’aller au-delà de la surface des choses pour mieux les révéler, et les partager avec leur public.
Au quotidien, la plupart des artistes ne vivent pas de leur art. Ils ont un second métier, voire deux ou trois métiers différents, qu’ils aiment ou qu’ils subissent selon le cas. Ils participent à la marche du monde, comme tout un chacun. D’ailleurs, même (et surtout) ceux qui vivent de leur art ne planent pas au-dessus des considérations matérielles. Au contraire, ils ont développé le sens des affaires et ont une gestion saine de leur argent.

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L’écrivain, pas un communiquant ?

Hier, j’ai passé la journée au Salon du Livre pour une journée consacrée à la traduction littéraire.
En passant devant le stand de Radio France, j’ai entendu une personnalité expliquer doctement que « l’écrivain n’était pas un communiquant ». L’expression est étrange : bien sûr que si, un écrivain est un communiquant. En écrivant ses expériences ou les histoires que l’on imagine, ne cherche-t-on pas à les communiquer ?
Plus tôt dans la journée, l’un des intervenants, un traducteur, avait déclaré que les écrivains étaient des manipulateurs, et que le traducteur devait comprendre leur technique de manipulation pour s’en faire l’écho. C’est vrai : pour prendre un exemple évident, les auteurs de thriller ménagent le suspense dans leurs romans. Les auteurs « classiques » sont également manipulateurs, puisqu’ils cherchent à provoquer des réactions chez leur lecteur.
Certes, on n’est pas communiquant et manipulateur au sens où on écrit pour refourguer aux gens des fours à micro-ondes ou leur forcer la main pour prendre un crédit à la conso.
Mais cela n’en reste pas moins de la communication, et de la manipulation, sans forcément avoir de connotations négatives.